|
Nous devons
saisir les lacunes qui découlent des différences
culturelles afin de pouvoir combler ces lacunes. (Steinert, 2003, p. 20)
Nous devons
soigneusement évaluer les habiletés et favoriser une
approche individualisée. L’enseignement et
l’apprentissage doivent être fondés sur les preuves
scientifiques.
(Steinert, 2003, p. 23)
|
Les diplômés hors
Canada et États-Unis (DHCEU) constituent une
importante composante de la main d’œuvre médicale
canadienne. Ils comptent pour environ 25% des praticiens du Canada et des États-Unis (Buske, 1997;
Huang, 2000). La diversité de leurs points de vue
peut s’avérer un atout inestimable dans le cadre de
la prestation des soins aux patients. Les DHCEU ont
beaucoup à offrir au système de soins canadien, aux
patients qu’ils rencontrent et aux résidents et
enseignants qu’ils côtoient. Nous devons donc les
préparer efficacement à leur travail professionnel
dans leurs nouveaux milieux de pratique.
Même si les DHCEU
sont souvent vus comme faisant partie d’une seule
catégorie homogène, c’est loin d’être le cas.1
En outre, bien que plusieurs d’entre eux puissent
exprimer les mêmes besoins d’apprentissage que les
résidents canadiens, leur formation médicale, leur
culture et leur langue ainsi que leurs expériences
personnelles et professionnelles sont souvent
différentes. Les enseignants et les superviseurs2
doivent donc tenir compte de tous ces facteurs
individuels. Le présent programme a été conçu pour
aider les enseignants à travailler plus efficacement
avec les DHCEU. Les DHCEU sont déjà confrontés à
plusieurs obstacles en ce qui a trait à
l’obtention de leur permis d’exercice. Par
conséquent, les enseignants et les superviseurs
devraient être mieux préparés pour leur travail avec
les DHCEU afin de ne pas devenir eux aussi des «
obstacles inutiles ».
Le présent
Programme de formation
professorale destiné à ceux qui enseignent aux
diplômés hors Canada et États-Unis vise
deux grands objectifs : aider à préparer les
enseignants dans divers milieux afin de les amener à
travailler efficacement et à collaborer avec les
DHCEU et rehausser l’expérience d’apprentissage et
de pratique des DHCEU.
En outre, bien que
ce programme ait été conçu principalement pour ceux
qui enseignent aux DHCEU, il peut s’avérer utile
pour tous les enseignants qui côtoient des médecins
formés au Canada et d’autres professionnels de la
santé formés à l’étranger. Tous les modules
renferment des volets d’enseignement et
d’apprentissage pouvant être utilisés dans divers
milieux auprès d’apprenants de tous les niveaux du
programme d’étude.
Un certain nombre
de ces modules peuvent être utilisés directement
avec ceux qui enseignent aux professionnels de la
santé formés à l’étranger (p. ex.,
Former pour sensibiliser à la
diversité culturelle). D’autres modules
peuvent facilement être adaptés pour répondre aux
besoins d’autres professionnels de la santé,
notamment le personnel infirmier, les
physiothérapeutes et les ergothérapeutes ainsi que
les pharmaciens (p. ex.,
Évaluer les besoins des apprenants; Procéder à une
rétroaction efficace). Certains modules
renferment de la matière pouvant être utilisée
directement avec les DHCEU (p. ex.,
Orienter les enseignants et
les DHCEU), alors qu’on trouve dans d’autres
des ressources et du contenu pertinents pour ceux
qui enseignent à des étudiants en médecine et à des
résidents dans divers milieux (p. ex.,
Promouvoir les soins centrés
sur le patient et une communication efficace avec
les patients; Démêler l’écheveau des méthodes
d’évaluation des habiletés cliniques).
En résumé, le
présent programme a été conçu pour divers publics et
sera apprécié par :
- les personnes responsables de la formation professorale ou celles qui
animent des activités de formation professorale;
- les directeurs de programmes de résidence, les directeurs de programmes
destinés aux DHCEU et les personnes qui ont un intérêt et/ou une expertise
en enseignement médical;
- les enseignants « sur le terrain », à la fois en milieux universitaire
et communautaire.
Ce programme, qui a
été financé par Santé Canada et qui s’inscrit dans
le cadre d’une initiative d’envergure visant à
préparer ceux qui enseignent aux professionnels de
la santé formés à l’étranger, résulte d’un rapport
antérieur intitulé "Tirer parti de la diversité :
Programme de formation professorale destiné à ceux
qui enseignent aux diplômés hors Canada et
États-Unis". Ce rapport a été rédigé à la demande du
Groupe de travail canadien sur le permis d’exercice
de diplômés internationaux en médecine et figure à
la fin de la présente introduction (Annexe A.)
"Tirer parti de la diversité" comprenait une analyse
contextuelle multidimensionnelle des pratiques
canadiennes actuelles, des besoins et des ressources
disponibles pour les enseignants travaillant avec
des DHCEU. On y décrivait une série de
recommandations pour orienter la formation
professorale dans ce secteur. Qui plus est, le
contenu et le format de ce programme de formation
professorale sont le résultat direct des
recommandations émises par des intervenants clés et
des chefs de file en éducation de l’ensemble du
pays. On a également demandé aux DHCEU de revoir
plusieurs sections du programme et leurs
commentaires de rétroaction et suggestions ont été
incorporés à chacun des modules.
Ce programme se
compose de quatre grandes sections :
-
Orienter les
enseignants et les DHCEU
-
Former pour
sensibiliser à la diversité culturelle
-
Travailler avec
les DHCEU – Une « boîte à outils » pour la
formation professorale
-
Directives
relatives à des activités locales : Principes et
stratégies de formation professorale
Le module intitulé
Orienter les enseignants et
les DHCEU se compose de deux parties :
-
Partie A,
Orienter les enseignants :
Comprendre le monde des DHCEU met l’accent sur le développement d’une
compréhension du DHCEU en tant qu’apprenant et
médecin. L’objectif visé dans cette partie du
programme consiste à donner un aperçu du monde
des DHCEU afin de permettre le développement de
milieux d’apprentissage positifs et de
stratégies d’enseignement appropriées.
-
Partie B,
Orienter les DHCEU :
Comprendre le système de soins de santé
et le milieu d’apprentissage au Canada met l’accent
sur les caractéristiques du système canadien
pouvant différer du contexte médical et
d’apprentissage précédent des DHCEU et fournir à
ceux qui leur enseignent des renseignements,
ressources et stratégies pour aborder ces
différences.
Le module intitulé
Former pour sensibiliser à la
diversité culturelle se veut un programme de
formation axé sur la diversité culturelle à
l’intention de ceux qui enseignent à des
professionnels de la santé formés à l’étranger.
L’objectif de ce module consiste à accroître la
sensibilisation et la réceptivité aux cultures de
ceux qui enseignent à des professionnels de la santé
formés à l’étranger, notamment les médecins, le
personnel infirmier, les physiothérapeutes, les
ergothérapeutes et les autres.
La « boîte à outils
» de formation professorale intitulée
Travailler avec les DHCEU
se compose de quatre modules distincts :
-
Évaluer les besoins des
apprenants et élaborer des programmes
d’enseignement sur mesure, qui examine les
besoins d’apprentissage des DHCEU et propose des
stratégies et des outils pouvant être utilisés
pour concevoir des plans d’apprentissage
personnalisés.
-
Procéder à une rétroaction
efficace, qui propose des occasions, stratégies
et outils spécifiques pouvant être utilisés par
les enseignants pour émettre des commentaires de
rétroaction à l’endroit des DHCEU.
-
Promouvoir
les soins centrés sur le patient et une
communication efficace avec les patients, qui
met en lumière les habiletés et les stratégies
nécessaires pour promouvoir les soins centrés
sur le patient et la communication efficace
parmi les DHCEU.
-
Démêler l’écheveau des
méthodes d’évaluation des habiletés cliniques,
qui traite d’habiletés cliniques
fréquemment connues comme posant des difficultés
aux DHCEU qui tentent de s’adapter à la culture
médicale canadienne, notamment l’examen
physique, la médecine fondée sur les preuves, la
recherche documentaire et l’alphabétisation
médicale.
Chaque module, y
compris ceux de la Boîte à outils de la formation
professorale, s’organise en six sections :
- Préface
- Raison d’être du module
- Principaux concepts
- Principales stratégies d’enseignement et d’apprentissage
- Principales stratégies de formation professorale
- Ressources relatives au module
La
Préface donne un aperçu de l’objectif global
et de la structure de chaque module, ainsi que des
suggestions précises sur les sections qui seront les
plus utiles pour les enseignants qui travaillent
directement avec les DHCEU et sur celles qui
s’avéreront les plus pertinentes pour les
responsables de la formation professorale ou
d’autres programme éducatifs.
La
Raison d’être du module
met l’accent sur l’importance de la matière et situe
le sujet dans le contexte de l’enseignement et de
l’apprentissage. La section Principaux concepts
souligne le contenu principal et le contexte
théorique de chaque module, en se fondant sur une
analyse des publications pertinentes.
La section intitulée
Principales stratégies
d’enseignement et d’apprentissage décrit des
stratégies que ceux qui enseignent aux DHCEU peuvent
utiliser pour permettre à ces derniers d’acquérir
les connaissances et les habiletés appropriées dans
un domaine précis. Il peut s’agir de discussions
individuelles avec les DHCEU, d’observations
directes de rencontres cliniques, de discussions de
cas et de présentations, d’examens de dossiers, de
récits et de portfolios.
La section portant
sur les Principales stratégies
de formation professorale est rédigée
précisément pour les responsables de la formation
professorale ou pour ceux qui animent les activités
de formation professorale et qui désirent préparer
leurs collègues au travail dans ce domaine. Les
stratégies suggérées comprennent l’utilisation
explicite d’activités telles que l’imitation de
rôles, l’encadrement par des pairs et les ateliers.
On trouve également dans cette section des
suggestions sur la manière d’animer un atelier
efficace et on met l’accent sur des méthodes
éducatives pouvant être utilisées pour faciliter
l’apprentissage par l’expérience et la réflexion. La
dernière section de ce programme, intitulée
Directives relatives à des
activités locales : Principes et stratégies de la
formation professorale, donne également une
description des diverses méthodes utilisées dans ce
programme et davantage de détails sur la façon de
mettre en pratique le contenu de ces modules.
On trouve dans la
section Ressources relatives
au module des ressources pouvant être
utilisées par l’enseignant, le responsable de la
formation professorale ou le directeur du programme.
Nous avons inclus une grande variété de ressources
pour chaque module, notamment des aperçus
d’ateliers, des scénarios, des vidéos et des
diapositives PowerPoint, des récits et des études de
cas, des scénarios de jeux de rôles et des exercices
de groupe, des feuilles de renseignements et des
outils d’enseignement et d’apprentissage. Quatre des
modules contiennent des récits rédigés par des
DHCEU. Particulièrement touchants et bien écrits,
ces récits devraient être lus par toutes les
personnes intéressées à mieux comprendre
l’expérience des DHCEU.
Comme le constatera
le lecteur, chaque module a été conçu comme une
activité de perfectionnement professoral « autonome
». Cependant, chaque module peut également être
incorporé à un programme de formation professorale
ou être utilisé pour une activité
d’auto-apprentissage. Nous émettons toutefois une
mise en garde à cet égard. Bien que les activités
d’auto-apprentissage soient utiles à des fins
d’acquisition de connaissances et de réflexion, les
activités de groupe (qui comprennent l’interaction,
la pratique et la rétroaction) constituent ce qu’il
y a de mieux pour traiter des attitudes et
promouvoir le développement d’habiletés. Chaque fois
que possible, les enseignants devraient envisager
d’utiliser ce matériel en groupe, en misant sur
leurs connaissances et expériences collectives.
Ce programme a été
conçu en tenant compte d’un certain nombre de
principes sous-jacents (Steinert, 2003) :
-
Le contenu
et le processus d’un programme de formation
professorale destiné à ceux qui enseignent aux
DHCEU ne diffèrent pas fondamentalement des
programmes qui s’adressent à ceux qui enseignent
à tous les apprenants. Cependant, certains
thèmes reviendront peut-être plus souvent ou
seront plus prononcés lorsqu’on travaille
auprès des DHCEU.
Crutcher (2001) a
fait remarquer que les défis auxquels les
enseignants font face lorsqu’ils soutiennent les
DHCEU dans leur rôle d’apprentissage ne sont pas
fondamentalement différents des défis à relever peu
importe le contexte d’apprentissage, étant donné que
chaque stagiaire possède sa propre combinaison
unique de forces et de faiblesses, et que
l’enseignant habile amène l’ensemble des étudiants à
prendre conscience de leurs points forts mais aussi
des lacunes à combler. Par conséquent, les besoins
en formation professorale de ceux qui enseignent aux
DHCEU ne diffèrent pas fondamentalement des besoins
de ceux qui enseignent à tous les résidents.
Certains aspects exigeront toutefois une attention
plus soutenue – ou deviendront plus critiques – à
différents stades de la formation.
-
Il faut
éviter d’avoir recours à une « approche basée
sur les lacunes » pour tenter de comprendre les
différences entre les apprenants.
Au cours du
processus de consultation (Steinert, 2003), Heather
Armson a fait remarquer que la documentation qui
porte sur les DHCEU repose sur la « perspective des
lacunes ». C’est-à-dire que la majorité des articles
et des études font essentiellement ressortir les
lacunes des DHCEU en matière de connaissances,
d’habiletés cliniques et d’expérience médicale. Nous
devons absolument nous efforcer de surmonter cette
tendance, mieux nous préparer à reconnaître les
points forts de chacun des DHCEU et chercher à
combler leurs lacunes. Comme Heather Armson l’a
suggéré : « Nous devons nous attarder avec soin à
chacun des points forts des DHCEU et encourager un
regard appréciatif, qui reconnaisse leurs côtés
positifs. Nous devons honorer et respecter les
expériences des DHCEU et en tirer des leçons ».
-
Les
occasions de formation des DHCEU doivent être
bénéfiques à tous les apprenants.
Les DHCEU possèdent
une multitude de connaissances, de traditions et
d’expériences qui peuvent être enrichissantes pour
tous. Leur offrir des occasions de décrire leurs
propres attentes culturelles et formation de premier
cycle peut enrichir les expériences de tous les
apprenants et enseignants, tout en aidant à
promouvoir une approche davantage centrée sur
l’apprenant. Il faut absolument se souvenir que, peu
importe le programme qui sera élaboré dans ce
contexte, il aura des retombées positives sur
l’ensemble des enseignants et des apprenants.
-
Tous les
éducateurs doivent reconnaître – et prendre acte
du fait – que chaque DHCEU est une personne
unique.
Comme nous le
disions auparavant, nous ne pouvons partir du
principe qu’il y aura une homogénéité entre les
DHCEU, car chaque personne a des antécédents
différents et est issue d’un contexte socioculturel
et d’un milieu d’apprentissage différents. De plus,
la définition du DHCEU varie grandement et les
problèmes rencontrés diffèrent selon les expériences
et les antécédents personnels. Par conséquent, nous
devons adapter l’enseignement et le programme
d’apprentissage aux besoins individuels et nous
rappeler « qu’une solution unique ne s’applique pas
à tous ».
-
Tous les
éducateurs doivent reconnaître – et prendre acte
du fait – que chaque enseignant est une personne
unique, différente de ses collègues.
Tout comme nous ne
pouvons présumer d’une homogénéité entre les DHCEU,
les cliniciens enseignants et les superviseurs
diffèrent considérablement les uns des autres; comme
l’a fait remarquer l’un des répondants dans Tirer
parti de la diversité (Steinert, 2003), nous devons
tenir compte des variables chez les enseignants (p.
ex., le sexe, les années d’expérience, les préjugés
culturels et les préjugés en général) dans
l’élaboration de tout programme de formation
professorale. Un certain nombre de répondants ont
également fait observer que les professeurs
devraient posséder certaines « compétences de base »
(p. ex., la sensibilisation aux réalités
culturelles, l’expérience liée au stress
post-traumatique) et qu’ils devraient être
sélectionnés en fonction de leur degré de maîtrise
de ces compétences. Bien qu’il puisse s’agir d’une
suggestion controversée, on ne peut sous-estimer
l’importance de l’évaluation des habiletés et des
compétences des enseignants dans l’élaboration d’une
initiative de formation professorale.
-
Les
principes de formation professorale efficace
doivent être appliqués dans ce contexte comme
dans tous les contextes.
Pour que les
programmes de formation professorale soient
efficaces, ils doivent cadrer avec la culture de
l’établissement, être adaptés aux besoins
individuels et institutionnels, favoriser l’adhésion
à des valeurs partagées, offrir divers programmes et
activités, incorporer des principes d’apprentissage
des adultes et autres cadres conceptuels
acceptables, demeurer utiles et pratiques, avoir
pour but de surmonter les problèmes communs et
s’avérer efficaces (Steinert, 2000; Steinert, 2005).
Manifestement, l’élaboration de toute initiative de
formation professorale destinée à ceux qui
enseignent aux DHCEU doit respecter ces principes et
la recherche doit éclairer l’exercice.
-
La
formation professorale peut englober la
formation, l’orientation professorale et le
soutien professoral.
Bien que ce document
traite principalement de la formation et de
l’orientation professorales, on devrait tenir compte
du soutien professoral dans tous les programmes. Le
soutien peut se présenter sous diverses formes :
ressources pour l’enseignement, temps « réservé » au
travail avec les DHCEU et consultation d’experts.
Dans Tirer parti de la diversité (Steinert,
2003), de nombreux enseignants ont déclaré que le
fait d’enseigner aux DHCEU exige considérablement
plus de temps en raison de facteurs comme les
différences dans les styles d’apprentissage, la
sensibilisation au système médical du Canada et le
besoin de cerner les lacunes au chapitre du contenu
et des habiletés (Armson, 2002). Par conséquent, les
enseignants doivent être libérés pour accomplir ce
travail et des ressources appropriées doivent être
investies. Un certain nombre de répondants ont fait
observer qu’à défaut de ressources supplémentaires
(p.ex., soutien entre pairs et consultations
internes), ils ne sont pas en mesure d’enseigner
efficacement aux DHCEU. Pour nous aider à accomplir
cette mission, plusieurs personnes ont suggéré que
nous fassions preuve de plus de créativité en ayant
recours aux anciens DHCEU en tant que « guides »
auprès des superviseurs cliniques. Des enseignants
plus chevronnés, ou plus expérimentés, pourraient
aussi jouer le rôle de conseillers ou de mentors.
Bien que la portée du présent programme n’englobe
pas ces recommandations relatives au système, elles
devraient quand même être revues et faire l’objet de
discussions avec les administrateurs des facultés de
médecine et des services de santé et avec les chefs
de file en enseignement médical.
En conclusion, il
est important de se rappeler que la formation
professorale n’est qu’une des composantes du
processus visant à améliorer l’enseignement prodigué
aux DHCEU et leurs expériences d’apprentissage. Pour
atteindre le succès, on doit également se pencher
sur un certain nombre de questions relatives au
système. Cette démarche peut nécessiter que tous
ceux qui enseignent aux DHCEU et les DHCEU en
formation défendent l’importance des ressources et
du soutien nécessaires pour permettre aux DHCEU
d’intégrer avec succès la pratique de la médecine au
Canada.
Bates et Andrew
(2001) ont fait remarquer que l’inclusion des DHCEU
à la formation postdoctorale peut, grâce à un
dialogue passionné, renforcer les assises
culturelles de l’exercice clinique en Amérique du
Nord et nous permettre de mieux prodiguer les soins
appropriés sur le plan culturel aux patients de
différentes origines ethniques. Nous espérons que ce
programme rehaussera l’expérience d’enseignement et
d’apprentissage pour tous les apprenants et les
enseignants.
1Les
DHCEU sont des médecins dont le diplôme de M.D. a
été décerné par une faculté de médecine qui se
trouve à l’extérieur du territoire sous la
juridiction du Comité d’agrément des facultés de
médecine du Canada ou du Liaison Committee on
Medical Education des États-Unis, bien qu’elle soit
inscrite dans le Répertoire mondial des écoles de
médecine publié par l’Organisation mondiale de la
santé. Les citoyens nés au Canada et qui possèdent
un diplôme médical obtenu à l’étranger sont des
DHCEU. Les citoyens d’autres pays titulaires d’un
diplôme médical de l’étranger et qui se trouvent au
Canada grâce à un visa de travail sont des DHCEU.
Enfin, le groupe le plus nombreux, les immigrants au
Canada qui cherchent à reprendre l’exercice de leur
profession médicale sont aussi des DHCEU (Watt,
Lake, Cabrnoch, Leonard, 2003).
2Par
souci de simplicité et pour assurer l’uniformité de
la terminologie employée dans l’ensemble du
programme, nous avons choisi d’utiliser les termes «
enseignant » lorsque nous faisons référence à tous
ceux qui enseignent aux DHCEU (p. ex., superviseurs,
précepteurs), et « apprenant » pour désigner les
étudiants, résidents et DHCEU.
Nous tenons à
remercier pour leur dévouement et leur engagement à
l’égard de ce projet nos collègues Heather Armson,
Rod Crutcher, Blye Frank, Nancy Fowler, Lynn Russell
et Patty Thille qui ont élaboré quatre des modules.
Sans leurs connaissances, leurs habiletés et leur
expertise, ce programme n’aurait pu voir le jour.
Nous voulons aussi remercier tous les médecins
formés à l’étranger qui ont revu les modules, nous
ont fourni leurs commentaires et leurs suggestions
et ont généreusement partagé avec nous leurs
expériences. Nous remercions en outre Dayle
Lesperance, Gosia Radaczynska et Jocelyne Kirby pour
leur aide sur le plan de la mise en forme des modules, Geneviève Denis et Marie
Plante pour la traduction des modules et Jennifer
Day pour la création de pages Web. Nous remercions
tout particulièrement nos collègues Jacques Frenette
et Michel Giguère qui ont revu les modules en
français pour s’assurer de la pertinence du
programme en milieu francophone. Et finalement, nous
tenons à remercier les nombreux enseignants et
éducateurs de l’ensemble du Canada qui ont participé
à la mise à l’essai de certains aspects du programme
lors de différentes réunions tout au long de
l’année. Durant l’évaluation de ce programme, il est
clairement apparu que nous possédions la richesse
d’expériences et de ressources pour aider les DHCEU
dans l’ensemble du pays. Nous espérons que tous
intervenants continueront à partager leur passion,
leur engagement et leur expertise.
|
Armson, H. (2002). Faculty development:
Integration of the international medical graduate
into the Canadian healthcare system. Manuscrit
non publié, University of Calgary, Alberta, Canada.
Bates, J., & Andrew, R. (2001). Untangling the roots
of some IMGs’ poor academic performance. Academic
Medicine, 76(1), 43-46.
Buske, L. (1997). Canada's
international medical graduates. Journal de
l'association médicale canadienne, 157(1), 116.
Crutcher, R.
(2001). The Alberta International Medical Graduate
Program: Educational challenges and reflections.
Newsletter of the Section of Teachers of Family
Medicine, 9(2), 9.
Huang, A. (2000). Continuing
controversy over the international medical graduate.
Journal of the American Medical Association,
283(13), 1746.
Steinert, Y. (2000). Faculty
development in the new millennium: Key challenges
and future directions. Medical Teacher, 22(1),
44-50.
Steinert, Y. (2003).
Building
on diversity: A faculty development program for
teachers of international medical graduates.
[Tirer parti de la diversité : Programme de formation
professorale destiné à ceux qui enseignent aux
diplômés hors Canada et États-Unis.] Rapport non
publié demandé par le Groupe de travail canadien sur
le permis d’exercice de diplômés internationaux en
médecine, Ottawa, Ontario, Canada.
Steinert Y. (2005). Staff development.
Dans J.
A. Dent & R. M. Harden (Eds.), A practical guide for
medical teachers (2nd ed., pp. 390-399). Edinburgh,
UK: Elsevier.
Watt, D., Lake, D., Cabrnoch, T., &
Leonard, K. (2003). Assessing the English language
proficiency of international medical graduates in
their integration into Canada's physician supply.
[Évaluer la maîtrise de l'anglais des diplômés hors
Canada et États-Unis dans le cadre de leur
intégration à l'offre de médecins au Canada.]Rapport non publié demandé par le Groupe de travail
canadien sur le permis d’exercice de diplômés
internationaux en médecine, Ottawa, Ontario, Canada.
|
ANNEXE A
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annexe.
Yvonne Steinert, Ph.D.
Université McGill
Rapport rédigé à la demande du groupe de travail canadien sur le permis
d’exercice
de diplômés internationaux en médecine
Ottawa, Ontario
Juillet 2003
Les diplômés hors
Canada et États-Unis (DHCEU) représentent une
proportion importante des effectifs médicaux au
Canada. Environ 25 pour 100 des médecins praticiens
au Canada et aux États-Unis sont des DHCEU (Buske,
1997; Huang, 2000). Les diplômés hors Canada et
États-Unis sont des médecins dont le diplôme de M.D.
a été décerné par une faculté de médecine qui se
trouve à l’extérieur du territoire sous la
juridiction du "Comité d’agrément des facultés de
médecine du Canada" ou du "Liaison Committee on
Medical Education" des États-Unis, bien qu’elle soit
inscrite dans le "Répertoire mondial des écoles de
médecine" publié par l’Organisation mondiale de la
santé. Les citoyens nés au Canada et qui possèdent
un diplôme médical de l’étranger sont des DHCEU. Les
citoyens d’autres pays titulaires d’un diplôme
médical de l’étranger et qui se trouvent au Canada
grâce à un visa de travail sont des DHCEU. Enfin, le
groupe le plus nombreux, les immigrants au Canada
qui cherchent à reprendre l’exercice de leur
profession médicale sont aussi des DHCEU (Watt,
Lake, Cabrnoch, & Leonard, 2003). Les DHCEU peuvent
s’intégrer au système de santé du Canada de
différentes façons et chaque « voie d’accès » vers
l’exercice pose différents problèmes et défis. Bien
que l’on perçoive souvent les DHCEU comme une
catégorie homogène unique, ce n’en est pas une
(Varki, 1992). En fait, les DHCEU sont issus de
différents contextes culturels et ethniques et ils
représentent divers points de vue pouvant être à la
fois stimulants et enrichissants.
Le présent rapport
a comme objectif de recommander un programme de
formation professorale s’adressant aux personnes qui
jouent un rôle dans l’éducation des DHCEU (p. ex.
les enseignants, les superviseurs cliniques, les
directeurs de programme et les administrateurs de
l’enseignement) afin d’améliorer l’apprentissage des
DHCEU et l’enseignement qui leur est destiné, tout
en facilitant leur intégration à la population
active du Canada. Les recommandations mises de
l’avant dans le présent rapport visent également à
compléter et à appuyer les recommandations du Groupe
de travail canadien sur le Permis d'exercice des
diplômés internationaux en médecine.
La formation
professorale a été définie comme étant le vaste
éventail d’activités auxquelles les établissements
d’enseignement ont recours afin d’aider le corps
professoral à se ressourcer et à mieux s’outiller
pour l’exécution de ses tâches multiples (Centra,
1978). C’est dire que la formation professorale
consiste en un programme planifié dont l’objectif
est de préparer les établissements et les membres du
corps professoral aux divers rôles qu’ils devront
assumer (Bland, Schmitz, Stritter, Henry, & Aluise,
1990) et d’améliorer les connaissances et les
compétences des intéressés dans les domaines de
l’enseignement, de la recherche et de
l’administration (Sheets & Schwenk, 1990). Le but de
la formation professorale est d’enseigner aux
professeurs les habiletés voulues pour l’exercice de
leurs fonctions au sein de leur établissement et
d’en assurer le dynamisme à court comme à long
terme.
Au cours des
dernières années, la formation professorale est
devenue un volet de plus en plus important de
l’enseignement médical (Steinert, 2000). Les
activités de formation professorale ont pour
objectif d’accroître l’efficacité de l’enseignant à
tous les stades du continuum éducatif (p. ex. au
premier cycle, pendant les études postdoctorales et
pendant la formation médicale continue) et divers
programmes ont été offerts aux professionnels de la
santé à de nombreux niveaux (p. ex. local, régional
et national). Dans le présent texte, la formation
professorale renvoie aux activités dont le but est
d’aider les éducateurs, peu importe le milieu (p.
ex. hospitalier, communautaire, universitaire), à
travailler avec les DHCEU d’une manière plus
efficace et plus satisfaisante. De plus, bien que
l’accent sera mis surtout sur l’amélioration de
l’enseignement, on s’attend à ce que tout programme
de formation professorale bien conçu ait également
une incidence sur l’établissement ou l’organisation
au sein de laquelle il est offert.
Pour la création
d’un programme de formation professorale destiné à
ceux qui enseignent aux DHCEU, les étapes suivantes
ont été franchies :
- Une recension complète des écrits a été menée afin de vérifier s’il
existait des programmes de formation professorale destinés à ceux qui
enseignent aux DHCEU.
- Les intervenants clés ont été consultés afin de déterminer l’existence
d’initiatives de formation professorale au Canada de même que les besoins
des enseignants en matière de formation professorale.
- Un certain nombre de principes et de recommandations, reposant sur
l’analyse documentaire, sur les consultations auprès des intervenants clés
et sur l’expérience personnelle en formation professorale, ont été formulés
afin de guider la conception et la mise en œuvre d’un programme de formation
professorale.
Comme il a été
mentionné ci-dessus, la recension des écrits avait
pour objectif de déterminer s’il existait des
programmes de formation professorale destinés à ceux
qui enseignent aux diplômés hors Canada et
États-Unis (DHCEU), les besoins particuliers des
DHCEU et les préoccupations bien précises de ceux
qui enseignent aux DHCEU. C’est ainsi qu’une
recherche a été menée dans Medline sur les DHCEU et
sur la formation professorale, de 1985 à
aujourd’hui. Parmi les termes clés de la recherche
de données sur les DHCEU on retrouvait : DHCEU et
formation, formation en milieu de travail, mesure
psychopédagogique, Canada et diversité culturelle et
préjugés. Des recherches distinctes ont également
été menées sur la formation professorale et sur la
formation axée sur la diversité culturelle. (Des
exemplaires des résultats des recherches dans
Medline sur les DHCEU sont disponibles sur demande
et les résultats des recherches sur la formation
professorale sont accessibles sur le site Web de
l’Université McGill portant sur la formation
professorale -
www.medicine.mcgill.ca/facdev).
Aucun article
sur les DHCEU et sur la formation professorale n’a
pu être trouvé dans la documentation analysée; aucun
article portant sur la formation professorale ne
traite de la formation des personnes qui enseignent
aux DHCEU. Cependant, la documentation nous éclaire
quant aux besoins éducatifs des DHCEU, aux défis qui les attendent en milieu clinique et aux différents programmes de formation mis sur pied
expressément à l’intention des DHCEU. Un bref
sommaire de ces résultats de recherche, qui
serviront à orienter la conception et l’élaboration
du programme de formation professorale, sera fourni
ici. La documentation sur la formation professorale
et sur la formation axée sur la diversité culturelle
sera citée dans les sections « Principes généraux »
et « Recommandations précises ».
Besoins perçus
des DHCEU
L’étude de la
documentation a permis de définir un certain nombre
de besoins éducatifs des DHCEU, dont les suivants :
lacunes au chapitre des connaissances médicales et
des habiletés cliniques (Kidd & Zulman, 1994; Conn,
1986; Conn & Cody, 1989; Kvern, 2001); manque de
maîtrise du français et de l’anglais (Fiscella &
Frankel, 2000; Rothman & Cusimano, 2000; Kidd &
Zulman 1994; Kvern, 2001); manque de formation liée
aux aptitudes à communiquer (Hall, Keely, Dojeiji,
Byszewski, & Marks, 2004; Rolfe & Pearson, 1994;
Kidd & Zulman, 1994); des différences en matière de
techniques d’études ou d’aptitudes aux études (Kidd
& Zulman, 1994; Kvern, 2001); perspectives
culturelles différentes (Cheng, 1974; Kvern, 2001);
et stress considérable dans la vie quotidienne
(Kvern, 2001; Kidd & Zulman, 1994; Cole-Kelly, 1994;
Bates & Andrew, 2001). Il va de soi que ces besoins
doivent être abordés par les personnes qui
enseignent aux DHCEU et qu’ils doivent, par
conséquent, faire partie intégrante d’une initiative
structurée de formation professorale.
Programmes de
formation destinés aux DHCEU
Divers programmes
de formation ont été décrits, lesquels s’adressent
aux DHCEU dans le cadre, ou en marge, des programmes
de pré-résidence (Nasmith, 1993). Notons certains
d’entre eux : programmes d’orientation pour les
DHCEU (Crutcher, 2001; Rosner, Dantzker, Walerstein,
& Cohen, 1993; Cole-Kelly, 1994); cours d’appoint
sur les techniques d’entrevue (Brooks, Robb, &
Tabak, 1996); recours à des patients simulés pour
l’évaluation de la maîtrise de la langue (Friedman
et al, 1991) et les techniques d’entrevue (Boulet et
al, 1998; Cole-Kelly, 1994). Bien que ces programmes
n’aient pas servi à orienter les initiatives de
formation professorale, leur contenu et leur
méthodologie sont également prometteurs pour les
programmes de formation professorale.
Recommandations
pour l’enseignement
Dans un article révélateur, Kvern (2001) a décrit
différentes façons d’améliorer l’enseignement
destiné aux DHCEU. Il propose entre autres de créer
un milieu de formation positif reposant sur
l’édification de la confiance fondée sur la
compréhension; d’exiger des DHCEU le respect des
mêmes normes d’excellence clinique et
professionnelle que celles imposées à tous les
autres médecins résidents; de tenter de prévoir les
causes et les aspects communs du piètre rendement
sans attendre des DHCEU qu’ils fassent une
autoévaluation ou reconnaissent leurs faiblesses; de
reconnaître que les expériences acquises auprès des
facultés de médecine, les styles d’apprentissage, le
degré d’aisance au sein des groupes et les normes
culturelles diffèrent d’un DHCEU à l’autre; de faire
preuve de créativité dans la planification des
expériences de base et des activités correctives, au
besoin. D’autres auteurs ont traité des
responsabilités précises de précepteur, des
ingrédients essentiels à une collaboration
fructueuse et de la façon de structurer l’expérience
d’apprentissage (Crutcher, 2003). Manifestement,
tous ces aspects doivent être abordés quelle que
soit l’initiative de formation professorale destinée
à ceux qui enseignent aux DHCEU.
Comme nous l’avons
vu précédemment, un certain nombre d’intervenants
clés (c.-à-d. des professeurs cliniciens, des
directeurs de programme de médecine familiale, des
vice-doyens aux études postdoctorales et des
responsables de la formation professorale) ont été
consultés afin d’évaluer les programmes actuels
ainsi que les besoins perçus en matière de formation
professorale.
Ces consultations
ont inclus les étapes suivantes :
-
Discussions
préliminaires avec des particuliers familiarisés
avec les dossiers liés aux DHCEU;
-
Consultation
collective auprès des professeurs qui enseignent
aux DHCEU à l’Université McGill;
-
Consultation
collective auprès des vice-doyens aux études
postdoctorales, et autres intéressés, à
l’occasion de la réunion de L’Association des
facultés de médecine du Canada (AFMC) tenue en
avril 2003;
-
Enquête menée
par courriel auprès des responsables de la
formation professorale des 16 facultés de
médecine du Canada ainsi qu’auprès des
responsables de la formation professorale des 16
départements de médecine familiale du Canada;
-
Enquête menée
par courriel auprès de tous les 16 directeurs de
programme du Canada en médecine familiale;
-
Appels
téléphoniques de suivi et échanges de courriels
auprès des experts ciblés.
L’annexe A.1
comprend un sommaire des conclusions clés pour les
étapes 1, 2, 3, 4 et 6. L’annexe A.2 offre un
sommaire des réponses obtenues à l’étape 5.
L’annexe A.3 contient une liste des noms des
personnes consultées pour les étapes 1 et 6.
Ces consultations
ont été précieuses car elles ont permis de soulever
des questions importantes selon la perspective des
enseignants et des directeurs de programme œuvrant
avec des DHCEU, de cerner certaines facettes des
besoins en formation professorale et de déterminer
les programmes offerts aux DHCEU et les ressources
actuelles. Il est intéressant de constater cependant
qu’aucun des répondants n’a signalé l’existence d’un
programme de formation professorale organisé destiné
à ceux qui enseignent aux DHCEU, même si nous savons
qu’un établissement en particulier a entrepris des
efforts considérables en la matière (University of
Calgary) et que quelques facultés ont intégré les
questions liées aux DHCEU à leurs séances de
formation professorale (p. ex. Dalhousie University;
University of Alberta). Les consultations
individuelles et les enquêtes par courriel ont
également permis de recenser un certain nombre de
personnes qui s’intéressent tout particulièrement à
ce domaine ou qui s’y connaissent en la matière. En
fait, il semble que tout le pays soit riche en
expertise, sans compter les différents îlots
d’activités liées à la formation des DHCEU et les
nombreux « secrets bien gardés », dans nos facultés
de médecine, en ce qui concerne la formation à la
compétence culturelle et à la diversité culturelle.
Il est à souhaiter que la reconnaissance de ces
diverses initiatives se traduira par une
coordination accrue et par un meilleur partage de
l’information à la grandeur du pays.
Comme nous l’avons
mentionné, la section suivante repose sur l’analyse
documentaire, sur des consultations auprès des
intervenants clés et sur l’expérience personnelle
dans le domaine de la formation professorale. Elle
sera divisée en deux principaux volets : (a)
principes généraux et (b) recommandations précises.
(Les Annexes A.4 et A.5 résument ces
principes et ces recommandations.) Dans la section
suivante, les termes « enseignant » et « superviseur
» seront utilisés de façon interchangeable et le
terme « répondant » renvoie aux personnes qui ont
pris part au processus de consultation. Les
citations individuelles visent à refléter la
profondeur et l’étendue du point de vue des
répondants.
Principes généraux
-
Le contenu
et le processus d’un programme de formation
professorale destiné à ceux qui enseignent aux
DHCEU ne diffèrent pas fondamentalement des
programmes qui s’adressent à ceux qui enseignent
aux résidents. Cependant, certains thèmes
reviendront peut-être plus souvent, ou seront
plus prononcés, lorsqu’on travaille auprès des
DHCEU.
Crutcher (2001) a
fait remarquer que les défis auxquels les
enseignants font face lorsqu’ils soutiennent les
DHCEU dans leur rôle d’apprentissage ne sont pas
fondamentalement différents des défis à relever peu
importe le contexte d’apprentissage, étant donné que
chaque stagiaire possède sa propre combinaison
unique de forces et de faiblesses, et que
l’enseignant habile amène « l’ensemble des étudiants
à prendre conscience de leurs points forts mais
aussi des lacunes à combler ». La plupart des
personnes consultées au cours de l’évaluation des
besoins partageaient cette impression et ont fait
observer que les besoins en formation professorale
de ceux qui enseignent aux DHCEU ne diffèrent pas
fondamentalement des besoins de ceux qui enseignent
à tous les résidents. Certains aspects exigeront
toutefois une attention plus soutenue – ou
deviendront plus critiques – à différents stades de
la formation. Comme l’a fait remarquer quelqu’un : «
Les problèmes de formation professorale sont
essentiellement les mêmes pour tous les enseignants,
bien que certains deviennent plus aigus dans un
contexte d’enseignement aux DHCEU ».
Par conséquent,
bien que les recommandations suivantes pourraient
facilement s’appliquer aux initiatives de formation
professorale pour ceux qui enseignent à tous les
étudiants et résidents, elles sont rédigées dans
l’optique de l’amélioration de l’expérience
d’apprentissage – et de la pratique – des DHCEU.
-
La
formation professorale se dit de différentes
démarches visant à aider les professeurs à
assumer leurs rôles multiples. Cela englobe la
formation professorale, l’orientation
professorale et le soutien professoral.
Au cours de l’une
des consultations collectives, les nuances entourant
l’expression « formation professorale » ont été
traitées en profondeur et les personnes présentes
ont souligné qu’il importe de différencier entre formation professorale, orientation
professorale et soutien professoral. Cette
distinction semble essentielle dans ce contexte et,
par conséquent, elle servira de cadre aux
recommandations qui suivent.
-
Les
principes de formation professorale efficace
doivent être appliqués dans ce contexte comme
dans tous les autres contextes. C’est-à-dire que
les programmes de formation professorale doivent
intégrer les principes de conception pédagogique
et d’utilité pédagogique et qu’il faut évaluer
l’aboutissement de toutes les initiatives de
formation professorale.
De nombreux
articles ont été écrits à propos du besoin
d’intégrer les principes de conception pédagogique
et d’utilité pédagogique à toutes les initiatives de
formation professorale et au sujet de l’importance
de l’évaluation de l’efficacité (Reid, Stritter, &
Arndt, 1997; Rubeck & Witzke, 1998; Skeff, Berman,
& Stratos, 1988; Wilkerson & Irby, 1998). Pour les
fins du présent rapport, certains de ces principes
clés seront résumés brièvement. D’autres
renseignements peuvent être obtenus sur demande.
Pour que les programmes de formation professorale
soient efficaces, ils doivent cadrer avec la culture
de l’établissement; être adaptés aux besoins
individuels et institutionnels; favoriser l’adhésion
à des valeurs partagées; offrir divers programmes et
activités; incorporer des principes d’apprentissage
des adultes et autres cadres conceptuels applicables
(Kaufman, Mann, & Jennett, 2000; Knowles, 1980); demeurer utiles et pratiques; avoir pour but de
surmonter les problèmes communs et s’avérer
efficaces (Steinert, Spooner, Kaufman, & Jones,
1996; Steinert, 2000). Manifestement, l’élaboration
de toute initiative de formation professorale
destinée à ceux qui enseignent aux DHCEU doit
respecter ces principes et la recherche doit
éclairer l’exercice.
-
Il faut
éviter d’avoir recours à une « approche basée
sur les lacunes » pour tenter de comprendre les
différences entre les apprenants.
Au cours du
processus de consultation, Heather Armson a fait
remarquer que la documentation qui porte sur les
DHCEU repose sur la « perspective des lacunes ».
C’est-à-dire que la majorité des articles et des
études font essentiellement ressortir les lacunes
des DHCEU en matière de connaissances, d’habiletés
cliniques et d’expérience médicale. Nous devons
absolument nous efforcer de surmonter cette
tendance, mieux nous préparer à reconnaître les
points forts de chacun des DHCEU et chercher à
combler leurs lacunes. Comme Heather Armson l’a
suggéré : « Nous devons nous attarder avec soin à
chacun des points forts des DHCEU et encourager un
regard appréciatif, qui reconnaisse leurs côtés
positifs. Nous devons honorer et respecter les
expériences des DHCEU et en tirer des leçons ».
-
Tous les éducateurs doivent prendre acte du
fait que chaque DHCEU est unique.
Comme nous l’avons
vu dans l’introduction, nous ne pouvons partir du
principe qu’il y aura une homogénéité entre les
DHCEU, car chaque personne a des antécédents
différents et est issue d’un contexte socioculturel
et d’un milieu d’apprentissage différents. De plus,
la définition du DHCEU varie grandement et les
problèmes rencontrés diffèrent selon la « définition
» et la personne.
-
Tous les éducateurs doivent reconnaître – et
prendre acte du fait – que chaque
enseignant/superviseur est une personne unique,
différente de ses collègues.
Tout comme nous ne
pouvons présumer d’une homogénéité entre les DHCEU,
nous devons reconnaître que les professeurs
cliniciens et les superviseurs diffèrent
considérablement les uns des autres; comme l’a fait
remarquer l’un des répondants, nous devons tenir
compte des variables chez les enseignants (p. ex. le
sexe, les années d’expérience, les préjugés
culturels et les préjugés en général) dans
l’élaboration de tout programme de formation
professorale. Un certain nombre de répondants ont
également fait observer que les professeurs
devraient posséder certaines « compétences de base »
(p. ex. la sensibilisation aux réalités culturelles;
l’expérience liée au stress post-traumatique) et
qu’ils devraient être sélectionnés en fonction de
leur degré de maîtrise de ces compétences. Bien
qu’il puisse s’agir d’une suggestion controversée,
on ne peut sous-estimer l’importance de l’évaluation
des habiletés des enseignants dans l’élaboration
d’une initiative de formation professorale.
-
Les
occasions de formation des DHCEU doivent être
bénéfiques à tous les stagiaires.
Les DHCEU
possèdent une multitude de connaissances, de
traditions et d’expériences. Leur offrir des
occasions de décrire et d’explorer leurs propres
attentes culturelles et formation de premier cycle
peut enrichir les expériences de tous les étudiants
et professeurs. Comme l’ont souligné Bates et Andrew
(2001) : « L’inclusion des DHCEU dans la formation
postdoctorale, au moyen de dialogues animés, peut
renforcer les assises culturelles de la pratique
clinique en Amérique du Nord ainsi que l’offre de
soins appropriés sur le plan culturel aux patients
de différentes origines ethniques. En fait, les
difficultés parfois rencontrées dans la formation
des DHCEU peuvent faire évoluer les programmes
postdoctoraux vers une démarche davantage axée sur
l’apprenant, où les racines de l’apprentissage (et
les difficultés du rendement) sont explorées dans le
contexte de l’apprenant. ». Il faut absolument se
souvenir que, peu importe le programme qui sera
élaboré dans ce contexte, il aura des retombées
positives sur l’ensemble des enseignants et des
apprenants.
Recommandations
précises
Les recommandations
suivantes sont formulées afin d’orienter
l’élaboration d’une initiative de formation
professorale pour les enseignants qui participent à
la formation des DHCEU et de compléter les
recommandations clés du Groupe de travail canadien
(p. ex. créer un consortium national pour
l’évaluation; soutenir l’élaboration et la mise en
œuvre de programmes d’orientation pour le corps
professoral qui travaille avec les DHCEU). En deux
mots, voici ce que nous recommandons :
-
Créer un
programme d’orientation destiné à ceux qui
enseignent aux DHCEU.
Pendant les
consultations, un certain nombre de répondants ont
fait remarquer que les enseignants doivent devenir
plus conscients des expériences vécues par les DHCEU
dans les facultés de médecine, des cheminements
menant à l’exercice de la médecine au Canada et des
défis rencontrés en cours de route. Il a par
conséquent été recommandé que nous concevions une
trousse d’orientation pour les enseignants, offerte
sous forme de copie imprimée ou sur le Web, qui
servirait à guider les enseignants par rapport aux
défis auxquels sont confrontés les DHCEU. Les
enseignants doivent aussi avoir accès au Guide
d’orientation pour l’obtention d’un permis
d’exercice, l’exercice de la médecine et la vie au
Canada, proposé par le comité d’orientation du
Groupe de travail sur les DIM, car ce document
aidera les enseignants à mieux comprendre les défis
liés à l’immigration et à la réinstallation au
Canada; Ils doivent connaître le genre de documents
et de renseignements sur la vie au Canada fournis
aux DHCEU ainsi que la nature du processus d’accès à
l’exercice de la médecine.
Parallèlement, les
enseignants doivent « orienter » les DHCEU à travers
le système de santé du Canada et nous devons inclure
un programme d’orientation destiné aux DHCEU en tant
que volet d’un programme d’orientation professorale.
Parmi les thèmes proposés pendant le processus
d’évaluation des besoins, mentionnons la
compréhension de la prestation de soins de santé (y
compris le système hospitalier); les « méthodes » de
travail canadiennes (p. ex. les équipes
interprofessionnelles) et le « modèle médical »
nord-américain (qui englobe la notion de soins
centrés sur le patient). Comme l’a recommandé un
répondant, nous pourrions envisager de faire
participer d’anciens DHCEU à l’élaboration d’un
programme d’orientation destiné à ceux qui
enseignent aux DHCEU. Le programme d’orientation
clinique de l’Alberta intitulé « The Trainee and
Preceptor Guide to the Alberta IMG Clinical
Orientation Program » (Crutcher, 2003) pourrait
constituer une ressource utile dans ce contexte.
-
Incorporer
au moins six éléments de contenu clés dans un
programme de formation professorale destiné à
ceux qui enseignent aux DHCEU.
Bien que tous les
thèmes de formation professorale soient tout à fait
pertinents pour ceux qui enseignent aux DHCEU, les
thèmes suivants semblent être les plus utiles, si
l’on se fie à la recension des écrits et aux
consultations auprès des intervenants. Cependant,
tous les aspects de la formation professorale qui se
rapportent à l’enseignement (p. ex. l’enseignement
clinique efficace, les exposés interactifs,
l’animation en petits groupes; l’enseignement en
milieu ambulatoire), à l’administration et au
développement organisationnel sont importants pour
les enseignants et les superviseurs des DHCEU et ces
aspects doivent être pris en considération, bien
qu’ils ne seront pas décrits ici dans le détail. Les
éléments de contenu clés sont les suivants :
« Les
enseignants doivent clarifier leurs attentes
communes de façon périodique. Nous éviterons ainsi
de nous mettre les pieds dans les plats pour avoir
omis de faire ce qu’on attendait de nous, sans même
savoir que nous étions censés le faire.».
La citation
ci-dessus reflète les sentiments d’un DHCEU (Armson,
2003). Cependant, tous les enseignants et directeurs
de programme ayant pris part à la consultation ont
souligné l’importance de l’évaluation des besoins de
l’apprenant et de l’établissement d’attentes et
d’objectifs clairs. Bien qu’une démarche axée sur
l’apprenant soit cruciale peu importe les
circonstances, la nécessité d’évaluer les attentes
et les besoins devient encore plus prononcée dans ce
contexte du fait des pertes personnelles, de la
formation médicale antérieure et des différences
culturelles.
Pertes
personnelles
« C’est un
défi de taille que d’enseigner à des médecins ayant
déjà exercé leur
profession et qui doivent
maintenant apprendre à côtoyer des patients dont le
bagage et les attentes sont si différents de ce
qu’ils ont connu à ce jour. »
Les DHCEU ont
souvent fait face à des points tournants dans leur
vie avant leur arrivée au Canada (Kvern, 2001) et
ils doivent faire des ajustements personnels qui
aboutissent bien souvent à un sentiment de perte,
c’est-à-dire perte d’estime de soi, perte d’un pays,
perte d’accessibilité à un réseau naturel de soutien
et perte de style de vie (Cole-Kelly, 1994). Les
enseignants doivent absolument être conscients de
ces pertes et reconnaître qu’elles sont bien
réelles. Les DHCEU font également face à de
nombreuses entraves à l’accès au Canada. Aussi, une
fois arrivés au Canada, ils continuent de se heurter
à de nombreux obstacles (Association of
International Physicians and Surgeons of Canada
[AIPSO], 2003). Par exemple, bon nombre d’entre eux
doivent travailler de longues heures dans des postes
inférieurs tout en essayant d’étudier tant bien que
mal pour réussir les examens exigés (Rutherford,
2002). Comme l’a fait observer une autre personne,
les DHCEU sont déjà médecins pour la plupart et ils
se retrouvent souvent dans un programme de formation
« par défaut », ce qui ne fait qu’ajouter au degré
de complexité de l’enseignement et du processus
d’apprentissage. Aussi, les enseignants doivent être
conscients de ces réalités afin de créer un milieu
propice à l’apprentissage. Une autre personne a
commenté : « Songez à quel point il est difficile de
passer de l’exercice à la résidence et vice-versa!
».
Formation
médicale antérieure
« Notre
formation antérieure était surtout axée sur les
manuels et les exposés magistraux, tandis que le
système canadien met davantage l’accent sur les
applications fondées sur l’exercice, sur les lignes
directrices entourant la pratique clinique, etc. »
À l’échelle
mondiale, les systèmes d’enseignement de la médecine
varient d’un pays à l’autre, surtout en ce qui
concerne la durée, le contenu du programme d’études,
les normes, la qualité et les méthodes d’évaluation
(Gary et al, 1997). En fait, certains diplômés sont
tenus de se spécialiser à un stade précoce de la
formation et ils ratent la chance de toucher aux
autres disciplines à tour de rôle comme la
pédiatrie, l’obstétrique, la gynécologie et la
psychiatrie. Il est par conséquent essentiel que les
enseignants évaluent avec soin les expériences et
les méthodes d’apprentissage antérieures, étant
donné qu’on ne peut pas présumer de l’homogénéité du
programme d’études des facultés de médecine des
États-Unis et du Canada.
Pour faciliter la
compréhension de la formation antérieure et des
études des DHCEU, un répondant a suggéré qu’on
demande à ces derniers de créer un « portfolio » qui
leur permettra de présenter leurs accomplissements
et d’aider leurs enseignants et collègues à se faire
une meilleure idée de qui ils sont et de leurs
origines. La diversité des horizons et des parcours
dicte aussi le besoin, pour les enseignants,
d’apprendre à adapter sur mesure le programme aux
besoins individuels.
Différences
culturelles
« Nous devons
saisir les lacunes qui découlent des différences
culturelles afin de pouvoir combler ces lacunes. À
cet égard, nous devons aider les DHCEU à articuler
leurs expériences d’enseignement et d’apprentissage.
»
Les différences
culturelles des DHCEU ont fait couler beaucoup
d’encre, tant du point de vue de l’enseignant que du
DHCEU (entre autres Cheng, 1974; Dinyari, 2000;
Fiscella, Roman-Diaz, Lue, Botelho, & Frankel, 1997;
Kvern, 2001; Majumdar, Keystone, & Cuttress, 1999).
La plupart des DHCEU proviennent de cultures ni
francophones ni anglophones et, par conséquent, ils
sont souvent confrontés à une série de défis
transculturels qui ne se limitent pas qu’à la
langue, mais qui ont aussi à voir avec le style de
vie, les différences de genre, la discrimination et
le changement de statut (Fiscella et al, 1997). Les
différences culturelles impliquent également la
problématique homme-femme et les rapports
hiérarchiques ou de pouvoir (Hall et al, 2004). Par
exemple, de nombreux DHCEU sont issus de cultures et
de programmes de formation où le respect envers
l’autorité est tout à fait naturel et, en même
temps, le fait d’admettre un manque de connaissances
dans n’importe quel domaine peut s’avérer très
difficile sur le plan personnel comme sur le plan
culturel (Kvern, 2001). Cheng (1974) décrit avec
éloquence les différences qui existent au sujet des
rôles professionnels et des attitudes face aux
figures d’autorité, différences qui peuvent être
sources de problèmes dans un contexte médical
nord-américain. Il avance que les normes culturelles
peuvent amener les DHCEU à sembler « trop inhibés,
passifs et rigides » et qu’en minimisant l’influence
de la culture, il se peut que nous fassions fausse
route dans notre interprétation du comportement.
Voici un exemple concret : le fait de remettre en
question l’opinion d’un professeur est peut-être
quelque chose d’impensable dans certaines cultures.
Par contre, le silence – que l’on tient pour
respectueux – peut être interprété en Amérique du
Nord comme un manque de connaissances, d’intérêt ou
de confiance. L’accord constant du médecin résident
peut être interprété comme des courbettes ou de la
flatterie (Kvern, 2001). Par conséquent, il est
essentiel d’être conscient de la signification
culturelle du comportement.
Les différences
culturelles peuvent aussi donner lieu à des
problèmes de communication avec les patients. Les
diplômés des facultés nord-américaines partagent des
antécédents culturels communs ou, du moins, ont été
exposés aux normes culturellement acceptées en ce
qui concerne la prestation des services médicaux
(Majumdar et al, 1999). Cependant, étant donné que
les DHCEU n’ont pas nécessairement bénéficié de
cette expérience ou formation, ils ne sont peut-être
pas familiarisés avec les critères de comportement
professionnel dans un contexte canadien. Il se peut
aussi qu’ils se sentent rejetés par leurs patients
ou collègues ou encore frustrés par la nécessité de
surmonter les barrières linguistiques et culturelles
pour pouvoir offrir des soins (Fiscella et al,
1997).
Les diagnostics et
les options de traitement présentés par les DHCEU
seront également fortement influencés par les
valeurs de leur pays d’origine. Par exemple, les
indices que le patient pourrait tenter de
transmettre à propos de son homosexualité, de ses
problèmes conjugaux, de sa toxicomanie, de ses
relations sexuelles avant le mariage ou d’un état de
grossesse ne seront peut être pas captés ou seront
parfois négligés. La consommation d’alcool comme
mécanisme d’adaptation pourrait être un concept
étranger pour de nombreux DHCEU ou encore ils la
percevront comme un sacrilège (Cheng, 1974). Le fait
de ne pas être familiarisé avec des façons
culturellement acceptables de présenter une maladie
au Canada signifie que les DHCEU pourraient risquer
de faire des suppositions ou de passer à côté
d’indices importants lorsque vient le temps de
déterminer l’étiologie et de diagnostiquer les
maladies de leurs patients.
Comme nous le
démontrent ces exemples, les différences culturelles
jouent un rôle dans la relation médecin-patient de
même que dans l’interaction enseignant-apprenant, et
les enseignants doivent chercher à saisir le rôle de
la culture dans la compréhension des attitudes et
des comportements. Pour explorer ces aspects, les
enseignants doivent être encouragés à employer une
méthodologie semblable à celle utilisée par Fiscella
et ses collègues (1997) en demandant aux apprenants
de fournir des comptes rendus descriptifs d’une «
expérience particulièrement significative ou
délicate de soins fournis à un patient où leur
culture, leur langue ou leurs valeurs se sont
répercutées de façon positive ou négative sur leur
habileté à fournir ces soins ». L’incidence des
différences culturelles sur les relations avec les
autres membres de l’équipe de soins de santé doit
également être reconnue ouvertement et faire l’objet
de discussions.
« Nous devons
acquérir l’habileté d’évaluer le degré de formation
ou d’expérience; ce qui est consigné par écrit n’est
pas du tout utile dans la plupart des cas. »
Un certain nombre
d’études ont révélé qu’un pourcentage élevé de
diplômés provenant de facultés de médecine
étrangères possèdent un ensemble de connaissances et
un répertoire d’habiletés cliniques insuffisants
comparativement aux diplômés des établissements des
États-Unis (Conn, 1986; Conn & Cody, 1989). Bien que
bon nombre de ces lacunes soient cernées à l’aide
d’un processus d’examen officiel (p. ex. les examens
du CMC), il demeure essentiel pour les professeurs
cliniciens d’être en mesure de repérer à la fois les
forces et les faiblesses cliniques et de concevoir
des programmes correctifs permettant de combler les
lacunes éventuelles.
Comme Kidd et Zulman
(1994) l’ont souligné, de nombreux médecins formés à
l’étranger sont des cliniciens hautement qualifiés
pouvant apporter une contribution majeure à
l’exercice de la médecine dans n’importe quel pays.
Par contre, d’autres ne possèdent pas les habiletés
cliniques de base suffisantes en ce qui concerne
l’interrogatoire, l’examen physique, le diagnostic
et la gestion, habiletés nécessaires à l’exercice de
la médecine de manière efficace et en toute
sécurité. Certains n’ont jamais appris ces
habiletés; d’autres les ont perdues en raison de
longues périodes d’éloignement de l’exercice de la
médecine (Conn, 1986; Conn & Cody, 1989). De plus,
comme Kvern (2001) l’a souligné, le contenu du
programme d’études des facultés de médecine diffère
de façon marquée d’un pays à l’autre. La formation
scientifique de base fait défaut dans certains
programmes, tandis que pour d’autres programmes, les
étudiants sont tenus de se spécialiser à un stade
précoce de la formation et les expériences cliniques
peuvent varier de façon appréciable. Par exemple,
dans certaines facultés, les étudiantes en médecine
n’examinent que les femmes et les enfants et les
hommes n’ont que rarement l’occasion de se livrer à
des examens gynécologiques. Étant donné que les
DHCEU peuvent passer à côté d’importantes
expériences cliniques, les enseignants doivent
évaluer avec soin les connaissances scientifiques de
base des DHCEU, leurs habiletés en matière
d’interrogatoire et d’examen physique, leur
raisonnement clinique, leur capacité d’interpréter
les signes physiques et de poser un diagnostic et
leurs compétences en gestion.
Les enseignants
doivent également être conscients du fait que
certains DHCEU, qui ne possèdent pas l’expérience
voulue pour certains aspects cliniques en
particulier, pourraient afficher un manque de
coopération dans leurs attitudes ou leurs
comportements, avoir l’air désintéressés ou sembler
manquer d’esprit d’équipe, ou encore n’arriveront
pas à composer avec la situation (Kvern, 2001). La
capacité d’admettre un manque de connaissances peut
également s’avérer très difficile sur les plans
personnel et culturel. C’est pourquoi les
enseignants doivent faire la lumière sur les
expériences cliniques passées et évaluer le savoir
et les habiletés de manière systématique et avec
rigueur. Il va de soi que la compréhension du rôle
de la culture dans le savoir, le comportement et les
attitudes est un élément clé du processus
d’évaluation.
En résumé, nous
devons enseigner aux enseignants à évaluer avec
soin, à aller au-delà des apparences, à observer de
façon systématique et à faire appel à des méthodes
multiples d’évaluation tout en offrant un milieu
d’apprentissage sûr. Nous devons également
familiariser les enseignants avec des méthodes
d’évaluation innovatrices. Par exemple, les patients
simulés ont été utilisés efficacement afin d’évaluer
la maîtrise du français et de l’anglais parlés des
DHCEU (Friedman et al, 1991). Toutefois, cette
méthodologie peut également servir à évaluer un
large éventail d’habiletés cliniques (p. ex.
habiletés d’entrevue, d’interrogatoire et d’examen
physique) et les enseignants doivent être conscients
de son utilisation potentielle et de sa faisabilité.
L’évaluation est
manifestement l’un des aspects fondamentaux qui
revêtent de l’importance. Comme l’a fait observer un
enseignant : « Nous devons trouver le courage
d’évaluer avec honnêteté ».
« Les
compétences en matière de feed-back sont
essentielles, en particulier
lorsqu’on a affaire à
des résidents aux prises avec des difficultés. Nous
devons
savoir que le feed-back sera perçu très
différemment selon les différentes cultures.
Par exemple, les louanges peuvent être prises au pied de
la lettre et pourraient
estomper l’effet du
feed-back négatif; à l’opposé, certaines cultures
n’acceptent pas
la critique et sauver la face est
tout ce qui importe. C’est particulièrement vrai
dans
le cas des préceptrices et des hommes
résidents. »
Bien que le
feed-back soit une habileté fondamentale dans tout
contexte d’enseignement, la notion de « feed-back »
prend un tout autre sens lorsqu’on travaille avec
des DHCEU. Comme Armson (2002) l’a souligné, bien
souvent les DHCEU ne s’attendent pas à ce que le
feed-back serve à cerner les forces et les lacunes
et, au départ, les DHCEU semblent se tenir souvent
sur la défensive, étant donné qu’en réalité, le
feed-back ne fait pas partie de leurs expériences
d’apprentissage. Kvern (2001) a également noté que
les DHCEU sont parfois plus habitués au feed-back
indirect et, lorsqu’ils reçoivent du feed-back
direct, cela peut être interprété comme « une
critique et une déception, ce qui se traduira par
l’anxiété, la perte d’estime de soi et un rendement
moindre. Comme plusieurs personnes l’ont également
noté dans l’évaluation des besoins, les DHCEU ont
besoin qu’on les aide à admettre « qu’ils ne le
savent pas » et à parler davantage à cœur ouvert.
« Comment les
médecins formés au Canada forment-ils les DHCEU
quand les attitudes et l’approche des soins aux
patients peuvent s’avérer si différentes? Comment
enseigne-t-on une démarche centrée sur le patient à
des gens qui ont reçu une formation dans un milieu
axé sur le médecin? Comment amener les résidents
DHCEU à saisir la notion d’égalité entre
l’enseignant et le résident, notion que nous
acceptons pour la plupart, lorsque ces résidents
sont issus d’un milieu où l’on ne remet jamais en
question les propos du chargé d’enseignement? »
Un certain nombre
de répondants ont fait remarquer que c’est au
chapitre des soins centrés sur le patient que les
différences culturelles sont les plus accentuées
quant à l’exercice de la médecine. De nombreux DHCEU
ont besoin d’aide pour s’acclimater au « modèle
médical » nord-américain. Cela englobe l’accent sur
les soins centrés sur le patient et la notion de
partenariat plutôt que le paternalisme. Une
initiative de formation professorale doit aider les
enseignants à trouver des moyens d’enseigner une
démarche centrée sur le patient de manière efficace.
L’attention portée aux aspects psychosociaux et à la prise de décisions éthique s’inscrivent
aussi dans ce
cadre. Comme Hall et ses collègues (2004)
l’ont noté, le modèle de soins centrés sur le
patient est inconnu pour de nombreux DHCEU car il
est beaucoup plus courant pour bon nombre d’entre
eux de discuter du diagnostic et du plan de
traitement avec les membres masculins de la famille
plutôt que directement avec le patient. Bon nombre
d’entre eux n’ont pas les habiletés voulues pour
analyser les antécédents psychosociaux, négocier
avec les patients et faire preuve d’empathie (Brooks
et al, 1996). Les stratégies d’enseignement des
soins centrés sur le patient, à l’aide de divers
modes d’enseignement et d’apprentissage, seraient
bénéfiques à tous ceux et celles qui enseignent aux
DHCEU.
« Les
précepteurs partent du principe que si nous nous
taisons, c’est que nous ne savons pas ou que nous
adoptons une attitude indifférente. En réalité, nous
essayons seulement d’être respectueux conformément à
notre culture médicale antérieure. »
De nombreux DHCEU
proviennent de pays où les épidémies, les pénuries
de médecins et les disparités au chapitre de
l’éducation laissent peu de temps à la communication
avec les patients. De plus, les aptitudes à la
communication n’ont sans doute pas constitué une
préoccupation majeure dans la formation médicale des
DHCEU (Fiscella & Frankel, 2000) et le français ou
l’anglais est la langue seconde pour la plupart
d’entre eux (Kvern, 2001). Les compétences
linguistiques limitées peuvent facilement soulever
des préoccupations quant à l’exactitude des
renseignements échangés et, puisque l’on se
concentre sur le message verbal, il se peut qu’on
fasse abstraction d’une bonne partie de la
communication non verbale (Fiscella & Frankel,
2000).
Dans une étude
intéressante, Hall et ses collègues (2004) ont fait
appel à des méthodes de recherche qualitatives afin
de déterminer les besoins des DHCEU en fait de
formation axée sur les aptitudes à la communication
selon quatre perspectives : celle des DHCEU
eux-mêmes, celle des directeurs de programme, celle
des professionnels paramédicaux et celle des experts
en communication. Comme il fallait s’y attendre,
selon les DHCEU, l’occasion d’affiner ses aptitudes
à la communication constitue l’élément le plus
important à inclure dans un programme éducatif. Le
tout comprend l’aptitude à négocier des plans de
traitement avec les patients, à transmettre de «
mauvaises nouvelles » et à discuter des questions de
fin de vie avec les patients et les familles. Les
habiletés d’entrevue centrées sur le patient, la
communication non verbale et les compétences
linguistiques en français et en anglais ont
également reçu une cote élevée. Lorsque l’on
décrivait le besoin d’aide en français et en
anglais, l’emploi des expressions idiomatiques, des
nuances, de l’humour et de termes familiers a été
considéré comme la priorité absolue. De plus, les
DHCEU ont noté le plus souvent l’emploi de phrases
et de termes inconnus ou peu familiers, tandis que
les directeurs de programme et les enseignants ont
insisté sur le besoin d’enseigner des aptitudes à la
communication non verbale (p. ex. le recours au
langage corporel), l’emploi d’une terminologie
médicale et la gestion des conversations
téléphoniques.
Manifestement, les
enseignants et les superviseurs ont besoin d’un
enseignement théorique en matière d’évaluation du
langage (Watt et al, 2003) ainsi que d’un
enseignement des aptitudes à la communication.
Toutefois, la formation en communication destinée
aux DHCEU doit se faire « in vivo », être fondée sur
les compétences et être pertinente d’un point de vue
clinique. Tous les enseignants doivent être
conscients des programmes de formation qui existent
en matière d’aptitudes à la communication (Makoul,
2001; Hulsman, Ros, Winnubst, & Bensing, 1999), des
aspects culturels propres aux styles et aux modèles
de communication et des façons d’assurer la
pertinence et le côté pratique de l’enseignement des
subtilités de la communication verbale et non
verbale.
« Nous devons
soigneusement évaluer les habiletés et favoriser une
approche individualisée. L’enseignement et
l’apprentissage doivent être fondés sur la
résolution de problème. »
Les sections
précédentes ont permis de cerner les besoins
éducatifs des DHCEU et certains des défis en
enseignement auxquels sont confrontés les
enseignants et les superviseurs. Il est manifeste
qu’un rapport de collaboration non menaçant qui
engendre un climat de confiance doit être créé afin
que l’apprentissage puisse se faire. Les différences
et les similarités culturelles doivent également
être reconnues et déterminées et, à l’occasion,
surmontées dans le but d’encourager la
collaboration. De plus, le caractère hétérogène des
DHCEU a été souligné, tout comme le besoin
d’élaborer des programmes conçus sur mesure afin de
combler certaines des lacunes cernées au chapitre
des connaissances ou des habiletés. Les programmes
correctifs, qui peuvent consister en des lectures
indépendantes, en des tutoriels, en une meilleure
observation et en une rétroaction plus poussée ou en
des modules d’apprentissage autonome (Steinert &
Levitt, 1993) sont également nécessaires afin de
combler les lacunes cernées. Comme l’a fait
remarquer un participant à l’occasion d’un atelier
récent sur « The “Problem” Resident: Whose Problem
Is It? » (Le résident à problèmes : À qui le
problème?) à propos des DHCEU : « Il est impossible
de faire entrer tout le monde dans le même moule ».
-
Inclure des programmes de formation axée sur
la diversité culturelle dans un programme de
formation professorale destiné aux enseignants
et aux superviseurs des DHCEU.
« Dans un
contexte plus large, comment enseigner à nos
enseignants à devenir à la fois de meilleurs
praticiens, plus nuancés culturellement envers les
patients appartenant à d’autres cultures? »
En dépit de bonnes
intentions, les DHCEU font état d’un sentiment de
discrimination et de préjugés à leur endroit (Nasir,
1994). Tel que Rutherford (2002) l’a souligné, un
DHCEU a écrit qu’en dépit de l’énorme changement
démographique survenu au Canada, la discrimination
voilée au nom de la sécurité publique, la peur de
l’inconnu, la question du pays d’obtention du
diplôme, le manque de confiance et l’arrogance se
font très bien sentir à tous les niveaux (Dinyari,
2000). Un autre DHCEU a écrit pour sa part qu’il
n’existe pas même une différenciation rudimentaire
entre les diverses facultés de médicine de
l’étranger et qu’on les considère toutes de manière
générale comme étant suspectes et inappropriées,
sans égard à leur qualité » (Porzecanski, 2000).
Nous devons par conséquent reconnaître nos propres
partis pris et préjugés culturels et chercher à les
vaincre.
Le corps
professoral doit être conscient de la manière dont
les DHCEU sont traités en résidence. Les DHCEU
pourraient facilement devenir des boucs émissaires
dans un programme qui est en proie à l’insécurité en
milieu hospitalier ou qui fait l’objet de conflits
internes non résolus. Pinderhughes (1989) aborde le
processus de projection sociale qui s’opère dans des
systèmes où l’on tend à atténuer les tensions et les
conflits liés au système en se concentrant sur un
groupe ou sur une personne relevant de ce même
système. Il est important que le corps professoral
soit attentif à cet éventuel problème. En outre, les
professeurs peuvent encourager les médecins
résidents à épouser leurs traditions et leur
patrimoine culturel et à en tirer fierté, d’une
part en se renseignant sur leur culture et en
respectant les traditions et les événements
importants et, d’autre part, en amenant les médecins
résidents à se tourner vers les activités
communautaires locales et à y participer
(Cole-Kelly, 1994). Il semblerait que le fait pour
le corps professoral d’encourager les médecins
résidents à maintenir leurs liens culturels aident
ces derniers et ces dernières à rester en contact
avec des sources de soutien et de sécurité.
Les enseignants et
les superviseurs doivent également se pencher de
manière officielle ou officieuse sur la sensibilité
du programme aux DHCEU. Par exemple, la faculté ou
l’organisation est-elle consciente des besoins
religieux et culturels des DHCEU? Fait-elle des
aménagements pour un résident musulman qui ne serait
pas disposé à travailler la nuit pendant le mois de
Ramadan ou donnera-t-elle congé à un résident
égyptien le jour de Noël égyptien. (Cole-Kelly,
1994)
Un certain nombre
de programmes de formation à la diversité culturelle
ont été conçus et mis en œuvre pour les DHCEU
(McClain, 1996; Majumdar et al, 1999). Parmi les
principaux éléments de contenu abordés, mentionnons
les perceptions à l’égard des étrangers; le rôle
assigné à chacun des sexes; le choc culturel; les
pertes personnelles ainsi que le comportement et la
communication non verbale. Les principales méthodes
de formation reposaient sur les ateliers en petit
groupe, l’observation directe, les examens de bandes
vidéo et les patients simulés (Majumdar et al,
1999). Fait intéressant, il semblerait qu’autant les
programmes axés sur la diversité culturelle peuvent
favoriser l’intégration des DHCEU à la société
américaine (McClain, 1996), autant les enseignants
peuvent profiter de l’enseignement lié à la
sensibilisation aux réalités culturelles.
Divers programmes
mettant l’accent sur la « compétence culturelle » à
l’intention des étudiants et des résidents ont été
décrits (Dogra, 2001; Dowell, Crampton, & Parkin,
2001; Godkin & Savageau, 2001; Kai, Spencer, Wilkes,
& Gill, 1999; Kagawa-Singer & Kassim-Lakha, 2003;
Robins, Fantone, Hermann, Alexander, & Zweifler,
1998; Wear, 2003; Zweifler & Gonzalez, 1998). Ces
programmes sont riches en contenu et font appel à
divers moyens pour atteindre leurs objectifs.
Cependant, très peu de programmes de ce genre
existent pour le corps professoral (Beagan, 2003;
Tang et al, 2003). Du matériel documentaire
intéressant est également disponible à titre d’aide
à l’élaboration de pareils programmes. Par exemple,
les ateliers conçus par un certain nombre
d’éducateurs canadiens, dont Rosalyn Howard, Blye
Frank et Rosamund Woodhouse, seraient très
appropriés pour les enseignants et les superviseurs.
Un guide de formation interculturelle intitulé «
Developing Intercultural Awareness » (Kohls &
Knight, 1994), qui renferme une série d’exercices
visant à accroître et à cultiver la conscience et la
sensibilité interculturelles, constituerait
également une ressource très utile à des fins de
formation. De bien des façons, l’élaboration d’un
programme de formation professorale ayant pour titre
« Former pour sensibiliser à la diversité culturelle
» pourrait offrir de nombreux avantages.
Un programme de
formation professorale qui serait intitulé « Former
pour sensibiliser à la diversité culturelle »
viserait trois objectifs : aider les enseignants à
comprendre leurs propres antécédents ethnoculturels,
leurs valeurs, leurs attitudes et leurs croyances
(conscience de soi); aider les enseignants à
acquérir une plus grande empathie à l’égard des
antécédents culturels et des expériences de vie de
leurs DHCEU et à mieux les comprendre
(sensibilisation); promouvoir le développement
d’habiletés qui favoriseraient la conscience de soi
et la sensibilisation aux réalités culturelles
(développement d’habiletés). Hixon (2003) a
dernièrement réintroduit la notion d’« humilité
culturelle », expression construite autour du
concept d’autoréflexion et d’autocritique et qui
reconnaît les déséquilibres de pouvoir souvent
exagérés lorsqu’une langue et une culture communes
ne sont pas partagées. Fondamentalement, ce concept
épouse l’objectif d’un programme de formation
professorale dans ce domaine. Contrairement à la «
maîtrise » de divers ensembles de données, nous
devons promouvoir des habiletés essentielles à
l’acquisition continue du savoir, à la flexibilité,
à l’ouverture et à l’humilité.
-
Élaborer
des programmes de formation professorale propres
au milieu et adaptés au contexte particulier des
enseignants et des apprenants, et qui font appel
à diverses méthodes d’enseignement et
d’apprentissage.
D’après la
documentation qui porte sur la formation
professorale, les ateliers et les cours abrégés
connaissent le plus de popularité pour
l’enseignement des activités d’amélioration (McLeod,
Steinert, Nasmith, & Conochie, 1997; Steinert,
Levitt, & Lawn, 1988) et les professeurs apprécient
une variété de méthodes d’enseignement qui vont dans
ce sens (p. ex. les exposés interactifs; les
exercices et les discussions en petit groupe;
l’apprentissage par l’expérience et les jeux de
rôles; les simulations et les examens de bandes
vidéo). Ces tendances s’appliquent dans ce contexte
également. La majorité des répondants préféraient
les programmes de formation professorale propres au
milieu pour ceux qui enseignent aux DHCEU. En
particulier, selon les directeurs de programme, les
ateliers et l’encadrement individualisé entre pairs
constituent la « méthode de choix ». Les enseignants
et les superviseurs ont répondu individuellement de
manière semblable. Les programmes de lecture
autonome et les modules d’apprentissage en ligne
n’ont pas obtenu une cote élevée, étant donné que
l’on considérait l’interaction entre les membres du
groupe comme un élément extrêmement utile pour
l’échange d’information, l’entraide et
l’apprentissage des modèles de comportement.
Cependant, les répondants ont fait remarquer qu’ils
aimeraient avoir accès à du matériel documentaire au
besoin.
Pour assurer le
succès de toute activité propre au milieu, les
planificateurs de programmes de formation
professorale doivent mener une évaluation à volets
multiples des besoins de leurs enseignants et de
leurs étudiants; élaborer des objectifs clairement
définis qui détermineraient le choix du contenu;
avoir recours à diverses méthodes pédagogiques en
vue d’atteindre les objectifs individuels et
institutionnels et évaluer l’efficacité et les
résultats obtenus (Steinert, 1992). Les initiatives
de formation professorale à l’intention de ceux qui
enseignent aux DHCEU pourraient également être
intégrées aux activités de formation professorale ou
devenir des séances autonomes. L’utilité d’une
approche fondée sur le milieu réside dans la
possibilité d’adapter les programmes aux besoins
locaux; les principes de la conception pédagogique
sont cependant universels.
-
Intégrer le
soutien professoral et les ressources pour la
formation des DHCEU.
De nombreux
précepteurs ont déclaré que le fait d’enseigner aux
DHCEU exige considérablement plus de temps en raison
de facteurs comme les différences dans les styles
d’apprentissage, la sensibilisation au système
médical du Canada et le besoin de cerner les lacunes
au chapitre du contenu et des habiletés – et parfois
d’y remédier (Armson, 2002). Par conséquent, les
enseignants doivent être libérés pour accomplir ce
travail et des ressources appropriées doivent être
investies. Un certain nombre de répondants ont fait
observer qu’à défaut de ressources supplémentaires
(autres enseignants; soutien entre pairs et
consultations internes), ils ne sont pas en mesure
d’enseigner efficacement aux DHCEU, étant donné que
le temps, ou le manque de temps, de même qu’un
sentiment de frustration perçu, étaient considérés
comme des obstacles majeurs. Ils ont ajouté en outre
que nous devons choisir les membres du corps
professoral avec soin et fixer un seuil minimal
d’habiletés de base comme la sensibilisation aux
réalités culturelles, l’expérience internationale et
la connaissance du syndrome de stress
post-traumatique, qui à leur avis est souvent le lot
des DHCEU. Pour nous aider à accomplir cette
mission, plusieurs personnes ont suggéré que nous
fassions preuve de plus de créativité en ayant
recours aux anciens DHCEU en tant qu’enseignants
auprès des DHCEU et en tant que « guides » auprès
des superviseurs cliniques. Des enseignants plus
chevronnés, ou plus expérimentés, pourraient aussi
jouer le rôle de conseillers ou de mentors.
-
Concevoir un programme national de formation
professorale et en assurer la diffusion à vaste
échelle.
Bien que bon
nombre de directeurs de programme de médecine
familiale aient abordé les avantages des ateliers
locaux, axés sur le milieu, ils ont tous fait valoir
qu’il importe de fournir pour chaque programme des
ressources et des documents de formation
professorale. Dans ce sens, il a été recommandé que
nous concevions une « boîte à outils » d’aides
didactiques (p. ex. des documents qui expliquent
comment élaborer un « plan d’apprentissage » ou
créer un portfolio servant à illustrer les
expériences cliniques) afin de faciliter la tâche
aux enseignants et aux directeurs de programme.
Cette boîte à outils pourrait comprendre des
documents écrits ayant déjà été rédigés dans divers
programmes de formation professorale à l’échelle du
pays ou des « modèles » pour des ateliers, des
programmes de lecture autodirigés ou des programmes
d’apprentissage en ligne. Les modèles d’ateliers
devraient comporter à la fois le contenu essentiel
et des méthodes pédagogiques. La section portant sur
le « contenu essentiel » pourrait décrire les défis
auxquels font face les DHCEU (p. ex. les différences
culturelles, les pertes personnelles) ainsi que les
principes d’enseignement et d’apprentissage (p. ex.
évaluer les besoins de l’apprenant; évaluer les
habiletés et les connaissances cliniques). La
section sur les « méthodes pédagogiques » pourrait
décrire les diverses façons de mener une activité de
formation professorale en particulier (p. ex. des
séances plénières suivies d’exercices en petit
groupe et d’examens des bandes vidéo).
Au cours des
consultations, une répondante, Alison Dugan, a
gentiment suggéré que l’on songe à fournir une série
d’exemples à des fins d’enseignement. À la lumière
de cette suggestion, il est recommandé que nous
envisagions l’élaboration d’un « manuel basé sur des
cas » pour la formation professorale dans ce
domaine, à l’aide d’études de cas servant à faire
ressortir les problèmes et à stimuler les
discussions entourant les habiletés à cultiver et
les stratégies à adopter. En fait, nous devrions
prêcher par l’exemple en mettant en pratique les
principes que nous voulons transmettre; par exemple,
si nous croyons qu’une démarche axée sur la
résolution de problèmes améliorera l’apprentissage
chez les DHCEU, nous devons également favoriser
cette démarche auprès des enseignants.
Le succès de tout
programme d’études proposé reposera sur son utilité,
sur sa pertinence et sur son applicabilité.
Manifestement, il faudra en arriver à un consensus
parmi les responsables de la formation professorale
et les administrateurs de l’enseignement, tout comme
il faudra trouver un mécanisme de dissémination. Un
certain nombre de répondants ont proposé la création
d’un programme de formation des formateurs pour la
mise en œuvre du programme d’études à l’échelle
nationale. Si l’on se fie aux travaux déjà accomplis
dans ce domaine (p. ex. Skeff, Stratos, Berman, &
Bergen, 1992), il semblerait qu’une telle approche
constituerait une méthode efficace de dissémination
d’un programme de formation professorale.
Crutcher (2001) a
fait valoir que nous devons saisir toutes les
occasions possibles de travailler avec les DHCEU en
faisant preuve d’enthousiasme, car il s’agit d’une
démarche tout à fait gratifiante. Tous les
programmes de formation professorale doivent être
empreints de cette vision. Comme bon nombre de
personnes l’ont fait remarquer, les DHCEU
contribuent à la richesse du Canada et de notre
système de santé d’une multitude de façons. Non
seulement ils aident à combler les besoins de la
population en matière de santé, mais ils nous font
également profiter de la richesse de leur
expérience, de leur culture et de leur langue. Comme
nous l’avons vu précédemment, Bates et Andrew (2001)
ont fait observer que l’« inclusion des DHCEU à la
formation postdoctorale peut, grâce à un dialogue
passionné, renforcer les assises culturelles de
l’exercice clinique en Amérique du Nord et nous
permettre de mieux prodiguer les soins appropriés
sur le plan culturel aux patients de différentes
origines ethniques. En créant un programme de
formation professorale innovateur et adapté aux
besoins de ceux qui enseignent aux DHCEU, nous
enrichirons l’expérience de tous les étudiants,
résidents et enseignants tout en nous efforçant de
composer avec les complexités d’une société
multiculturelle en constante évolution.
Enseigner, c’est
apprendre une seconde fois, dit-on. Enseigner aux
DHCEU et aider les professeurs à se préparer à leur
rôle d’enseignant est une occasion à ne pas rater.
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ANNEXE A-1
1. Enjeux cernés au cours des discussions
préliminaires avec des personnes clés
Les enjeux
suivants ont été identifiés au cours des
discussions préliminaires :
- Les problèmes liés à la formation professorale pour ceux qui enseignent
aux DHCEU sont essentiellement les mêmes que pour tous les enseignants;
cependant, certains deviennent plus « prononcés » dans un contexte
d’enseignement aux DHCEU.
- La formation professorale pour ceux qui enseignent aux DHCEU doit être
différente car notre façon d’aborder les DHCEU diffère.
- La documentation portant sur les DHCEU est basée sur les « lacunes ».
Nous devons nous attarder aux points forts des DHCEU et encourager un «
regard appréciatif » qui reconnaît les côtés positifs. Nous devons honorer
et respecter les expériences des DHCEU et en tirer des leçons.
- Nous devons reconnaître que les DHCEU sont déjà des médecins, ce qui
ajoute un degré de complexité au processus d’enseignement et
d’apprentissage. Qui plus est, comme une personne l’a souligné : « Il nous
faut aussi reconnaître que bon nombre d’entre eux finissent par exercer la
médecine familiale par défaut ».
- Nous devons nous pencher sur les aspects suivants :
- Aider les DHCEU à s’acclimater au « modèle médical » nord-américain.
Cela suppose entre autres qu’il faut mettre l’accent sur les soins
centrés sur le patient et sur la notion de partenariat plutôt que de
paternalisme;
- Aspects culturels, et formation à la sensibilisation aux réalités
culturelles, tant pour les enseignants que pour les apprenants;
- Habiletés d’interrogatoire (p. ex. à propos des antécédents sexuels)
;
- Aptitudes à la prise de décisions éthique;
- Faciliter la relation DHCEU-enseignant. Il s’agit entre autres
d’aider les DHCEU à admettre qu’ils ne savent pas, leur permettant ainsi
de parler plus ouvertement et en toute franchise; etc.
- Afin de pouvoir les combler, nous devons comprendre les lacunes qui
découlent des différences culturelles. À cet égard, nous devons aider
les DHCEU à articuler leurs expériences d’enseignement et
d’apprentissage;
- La formation professorale doit être basée sur la résolution de
problèmes.
2. Aspects cernés au cours des consultations
collectives à McGill
Aspects
généraux :
- Nous devons définir avec soin ce qu’est un DHCEU. Les enjeux peuvent
varier selon la définition. De plus, les attentes et les postulats des «
enseignants » varient en fonction de l’endroit où les DHCEU exercent leur
profession.
- Nous devons tenir compte des variables de l’enseignant (p. ex. le sexe
de l’enseignant, ses années d’expérience, ses préjugés culturels et autres,
etc.).
- Nous devons trouver un moyen efficace d’orienter les DHCEU. Nous avons
besoin de définir le contenu de ces programmes et sans doute d’envisager de
faire participer au processus d’anciens DHCEU.
- Nous devons soigneusement évaluer les habiletés et favoriser une
approche individualisée.
Aspects
délicats (également considérés comme des aspects
dont il faut tenir compte dans un programme de
formation professorale) :
- Habiletés cliniques
- Enjeux psychosociaux
- Questions interprofessionnelles
- Compréhension du système hospitalier
- Fonctionnement à adopter lorsque ni le français ni l’anglais ne sont la
langue maternelle
- Transition de l’exercice à la résidence et l’inverse!
- « Courage » nécessaire à une évaluation franche
Questions de
formation professorale :
-
Orientation des DHCEU face au système de santé du Canada et
méthodes de travail
-
Évaluation de l’ensemble des connaissances et des habiletés
cliniques
-
Évaluation des besoins des DHCEU
-
Comment s’y prendre pour « adapter sur mesure » un programme
aux besoins individuels
-
Compétence culturelle et enseignement de la compétence
culturelle
-
Problématique homme-femme
-
Évaluation formative et sommative
-
Élaboration de programmes correctifs
Autres aspects
:
3. Aspects cernés au cours des consultations
collectives à l’AFMC
Aspects
généraux :
- Les DHCEU peuvent s’intégrer au système par des cheminements différents
(p. ex. les programmes de formation qui exigent un visa; CARMS; ou les
programmes conçus expressément pour les DHCEU). La définition des DHCEU doit
être clarifiée.
- Nous devons envisager le recours à des DHCEU en tant que formateurs.
- Le temps, ou le manque de temps, est un facteur de taille.
- Le corps professoral doit posséder des compétences de base (p. ex. la
sensibilisation aux réalités culturelles; une expertise en syndrome de
stress post-traumatique);
- Les professeurs doivent être sélectionnés avec soin (p. ex. des gens qui
possèdent de l’expérience, une sensibilité et une expérience
internationale).
- Les problèmes liés au système doivent être pris en considération (p. ex.
sélection de votre corps professoral, attente face aux compétences de base;
investissement des ressources afin de libérer du temps).
Aspects
délicats :
- Questions linguistiques
- Réalités culturelles
- Questions de communication (c.-à-d. verbale et écrite)
- Notion de soins « centrés sur le patient » (c’est ici que les
différences culturelles quant à la façon d’exercer la médecine deviennent
très prononcées)
- Problématique homme-femme (et préjugés)
- Orientation des DHCEU
- Compréhension des bagages individuels – y compris le savoir, la
formation antérieure, les antécédents culturels
- Évaluation (p. ex. il existe différentes « fixations intellectuelles »
par rapport à l’évaluation)
- Stress personnel et « problèmes de la vie quotidienne »
Aspects
liés à la formation professorale :
- Fournir une « boîte à outils »
- Fournir des documents écrits qui nous permettent de nous servir de ce
dont nous disposons et d’adapter les documents aux besoins des DHCEU
- Envisager le modèle « Former le formateur »
- Envisager de demander aux DHCEU de créer un portfolio de leurs
expériences
- Distinguer entre « formation » professorale, « soutien » professoral et
« orientation » professorale
- Envisager le recours à des patients simulés
Programmes
offerts :
- Programme DHCEU de l’Ontario
- Programme DHCEU en Alberta – pour
identifier, inscrire et évaluer les
DHCEU et leur permettre éventuellement
de s’inscrire à un programme de médecine
familiale de deux ans
4. Enquête auprès des responsables de la
formation professorale
L’enquête
menée auprès des responsables de la formation
professorale a permis d’identifier :
- Les personnes qui possèdent une expertise en compétence culturelle (p.
ex. Blye Frank); les problèmes de diversité (p. ex. Rosalyn Howard);
l’enseignement aux étudiants provenant de divers milieux linguistiques et
culturels (p. ex. Ros Woodhouse); l’analyse des besoins des DHCEU (p. ex.
Meridith Marks);
- Les programmes qui sont offerts aux DHCEU (p. ex. la formation aux
aptitudes à la communication à l’University of Toronto et à Dalhousie)
- Les programmes d’orientation destinés aux DHCEU (p. ex. Dalhousie;
Ottawa)
- D’autres sources de documentation. Comme un répondant l’a fait remarquer
: « Le (réapprentissage) culturel/professionnel n’est pas tout à fait unique
aux médecins. La question se pose aussi en ce qui concerne la formation des
pilotes; la formation des enseignants; la formation des aides-enseignants
venant de l’étranger et la supervision des étudiants diplômés de l’étranger
». Il existe également beaucoup de documentation portant sur l’acquisition
d’une langue seconde, sur la culture et l’apprentissage, sur les questions
de multiculturalisme et de diversité en matière d’enseignement et sur
l’éducation en matière de santé, tous des aspects essentiels à notre
compréhension des divers apprenants et des pratiques pédagogiques efficaces.
Ces aspects contribuent considérablement à la base conceptuelle qui devrait
sous-tendre tout programme visant à aider le corps professoral à travailler
de manière efficace avec ces apprenants. »
- Quelques autres avenues à explorer :
- Programmes d’enseignement du français ou de l’anglais langue seconde
– pour l’évaluation et l’intervention;
- Programmes offerts par le ministère des Affaires étrangères à Ottawa
(c.-à-d. pour les nouveaux diplomates);
- Programmes créés en « Commerce », dans l’industrie aérospatiale et
dans d’autres professions (p. ex. le génie; l’architecture).
5. Résultats des enquêtes menées
auprès des directeurs de programme
Les résultats du
sondage mené auprès des directeurs de programme
sont résumés à l’annexe A.2. 6.
Problèmes cernés grâce aux appels téléphoniques
de suivi et aux échanges de courriels
Les échanges de courriels avec les différentes
personnes décrites dans l’annexe A.4 et
les appels faits à ces personnes ont été
particulièrement utiles à l’élargissement de ma
pensée et ont servi à m’orienter vers différents
programmes et ressources documentaires, dont un
grand nombre seront cités à titre de référence
dans le programme de formation professorale. À
ce stade-ci, il convient de noter une série
d’entrevues semi-structurées menées par Heather
Armson auprès des DHCEU au cours de son
programme de résidence en médecine familiale.
Ces entrevues ont fait ressortir les
préoccupations suivantes, lesquelles seront
intégrées au rapport final :
- Il faut que les précepteurs précisent les attentes communes de façon
périodique. Les DHCEU éviteront ainsi de se mettre les pieds dans les plats
en omettant de faire ce qu’on attendait d’eux, sans avoir la moindre idée
qu’ils étaient censés le faire.
- La valeur de la « formation par observation » des résidents doit être
reconnue. Cela les aide à cerner les différents rôles joués par les
résidents au sein de notre système.
- Il importe d’évaluer avec soin la compétence linguistique et les
différences culturelles. Comme l’a souligné un DHCEU : « Les précepteurs
partent du principe que si l’on se tait (nous les DHCEU), c’est que nous ne
savons pas ou que nous adoptons une attitude indifférente. En réalité, nous
essayons seulement d’être respectueux, comme nous le dicte notre culture
médicale antérieure ».
- Il faut respecter les différences dans la formation antérieure – tant du
point de vue du contenu que du processus. Un autre DHCEU a ajouté : « Notre
formation antérieure était habituellement axée sur les manuels et sur les
cours magistraux, tandis que le système canadien met davantage l’accent sur
les applications basées sur l’exercice, sur les lignes directrices ou guides
de pratique clinique, etc. ».
Nous tenons à exprimer toute notre
gratitude à Heather Armson pour avoir bien voulu
partager ces renseignements, de même que les
résultats des entrevues semi-structurées qu’elle
a menées auprès des professeurs qui enseignent
aux DHCEU.
ANNEXE A-2
Il est à noter que
11 des 16 directeurs de programme (soit 69%) ont
répondu après deux envois. De plus, les quatre
directeurs de programme du Québec ont décidé de
répondre au questionnaire en tant que groupe. Des
données brutes sont fournies ici afin de refléter la
richesse des réponses.
1. Votre faculté
a-t-elle un programme de formation professorale qui
répond aux besoins de ceux qui enseignent aux DHCEU?
Dans l’affirmative, veuillez le décrire brièvement
ou joindre des documents pertinents.
NON – 4
Aucun programme officialisé ou structuré –
cependant, la faculté offre plusieurs séances de
formation professorale consacrées aux DHCEU
(présentation PowerPoint ci-jointe); pas jusqu’à
présent – mais certaines questions sont débattues à
un atelier de formation professorale
Oui – Des présentations sur l’histoire, l’éthique
culturelle, le progrès du programme.
Aucun de
nos quatre programmes n’a choisi de former les
professeurs pour travailler avec les DHCEU
indépendamment du reste des activités de
formation professorale. Chacun considère qu’il
est surtout question d’une démarche
d’encadrement ou de « coaching » de résidents
avec difficultés pédagogiques en général et
qu’il ne faut pas en faire une problématique
dissociée. Par contre, on peut aborder les
particularités d’encadrement de ces candidats
lorsqu’ils sont en difficulté, s’il y a lieu,
comme un exemple parmi d’autres. En effet, on
aime bien faire la formation à partir d’exemples
concrets.
2. À votre avis,
quels sont les principaux besoins de vos enseignants
en ce qui concerne la formation professorale?
Développement
d’habiletés de communication; analyse des points
faibles; méthodes de résolution des problèmes
cliniques, culturels et de communication;
a. La
capacité de faire une évaluation des besoins au
tout début du programme. Nos DHCEU entreprennent
notre programme en ayant à composer avec divers
défis, dont certaines lacunes au chapitre des
connaissances médicales, des lacunes entourant
la culture de la médecine au Canada et les
attitudes canadiennes envers le système médical,
des lacunes comportementales, l’isolation
sociale, etc. b. Difficulté à donner une
rétroaction (en particulier négative) aux
résidents qui, partant de leur culture,
perçoivent la rétroaction négative, ou même le
feed-back qui vise à améliorer le rendement et
qui n’est pas nécessairement négatif aux yeux de
l’enseignant, comme un affront énorme ou une
atteinte à leur dignité. c. Notre corps
professoral doit élaborer des techniques afin
d’enseigner l’apprentissage par problème et le
raisonnement déductif aux résidents dont la
formation médicale antérieure a complètement
reposé sur la mémorisation de faits.
Cerner les
besoins précis des DHCEU et évaluer leurs
habiletés et besoins à un stade précoce du
programme.
Un
programme qui porte sur les différences qui sont
manifestes dans l’enseignement destiné aux
DHCEU, tant positives que négatives.
a.
Compétence culturelle (y compris les ateliers de
communication culturelle – mis sur pied par des
associations d’immigrants du Grand Toronto). b.
Habiletés d’évaluation linguistique. c.
Enseigner les aptitudes à la communication aux
gens dont le français ou l’anglais est la langue
seconde. d. Reconnaître ses propres préjugés
raciaux et culturels et chercher à les vaincre.
Renseignements sur les difficultés courantes que
rencontrent les DHCEU
Renseignements et discussions afin de s’attaquer
aux idées fausses et aux stéréotypes
a. Aptitude
à évaluer le niveau de formation/d’expérience –
ce qui est consigné sur papier n’est pas du tout
utile dans la plupart des cas. b. Formation à la
sensibilisation aux réalités culturelles.
Habiletés liées à la rétroaction – en
particulier lorsqu’on a affaire à des résidents
aux prises avec des difficultés et conscience du
fait que la rétroaction peut être perçue de bien
des façons selon les différentes cultures. Par
exemple, les louanges peuvent être prises au
pied de la lettre et contrer l’impact de la
rétroaction négative; à l’inverse certaines
cultures acceptent mal la critique car ce qui
compte avant tout c’est de sauver la face. Cela
est particulièrement vrai dans le cas des
préceptrices et des résidents masculins. c.
Évaluation des habiletés techniques de base à un
stade précoce.
Nous avons
tout de même tenté de formuler les quelques
besoins de formation professorale plus
spécifiques relatifs à cette clientèle de
résidents (cf. en annexe) et ceci peut se
résumer à deux objectifs. Cela ne signifie
toutefois pas qu’on doive faire des actions de
formation exclusivement en regard de ces sujets.
3. Parmi les
éléments de contenu suivants, quels sont ceux que
devrait aborder un programme de formation
professorale destiné aux personnes qui enseignent
aux DHCEU? (Veuillez les classer par ordre
d’importance et y ajouter d’autres éléments.)
- Méthodes d’évaluation, y compris le diagnostic des problèmes
d’apprentissage individuels – 1.6
- Formation axée sur la diversité culturelle – 2.2
- Principes et stratégies de rétroaction efficace – 3.5
- Évaluations des besoins et établissement d’accords/de contrats
d’apprentissage - 4
- Méthodes d’enseignement et d’apprentissage efficaces, y compris
l’apprentissage autonome et le rôle de la réflexion dans l’enseignement et
l’apprentissage - 4.2
- Principes d’apprentissage des adultes - 5.75
- Autre
Au fur et à mesure que nous intégrons les DHCEU
complètement (et souvent de manière invisible) la liste en entier s’appliquera à
tous nos résidents.
4. Quelles sont
les méthodes d’enseignement/d’apprentissage
suivantes que votre corps professoral préférerait?
- Ateliers de formation professorale à l’échelle locale – 1
- Ateliers de formation professorale au sein du corps professoral – 2
- Enseignement mutuel (entre pairs) – 3
- Coenseignement/supervision – 4
- Programme de lecture indépendante– 5 – Pas d’un si grand secours, mais
sans doute utile comme document à lire avant un atelier
- Module d’apprentissage en ligne – 6 – Doit vraiment être réalisé en
vis-à-vis
- Autre
Nous considérons que la
formation des professeurs se fera surtout au
quotidien par des méthodes de « coaching » ou de
consultation des pairs qui sont plus efficaces à
moyen terme puisque plus régulières et accessibles.
Aussi, ces contenus pourraient être intégrés dans
des ateliers donnés dans les milieux ou dans les
programmes; toutefois, cela devra rester à l’échelle
des milieux ou des programmes parce qu’il est
important que la formation colle à des cas vécus par
les superviseurs.
5. Si nous
entreprenions d’élaborer un programme de formation
professorale à l’intention de ceux qui enseignent
aux DHCEU, vous serait-il utile?
OUI = 6
OUI. Étant donné que notre corps professoral est
aussi diversifié que nos apprenants, certains choix
de formation professorale sont appréciés.
Les activités de formation doivent
donc être élaborées avec la souplesse nécessaire
pour s’adapter à la réalité locale. Il serait sans
doute utile de mettre en commun les efforts des
professeurs qui ont l’expérience avec cette
clientèle pour développer certains contenus
spécifiques et des exemples d’exercices pouvant être
inclus dans la formation pour chacun des volets.
Cela pourrait se faire à l’échelle provinciale ou
nationale et être mis à la disposition des milieux
et des programmes.
6. Si nous
entreprenions de « monter » un programme de
formation professorale pour ceux qui enseignent aux
DHCEU, préféreriez-vous que cela se fasse à
l’échelle locale ou nationale?
À L’ÉCHELLE DE
LA FACULTÉ = 1; ÉCHELLE LOCALE = 3, ÉVALUATION
INITIALE DES BESOINS ET PROGRAMME SUR MESURE;
ÉCHELLE NATIONALE= 1; LES DEUX = 2
Nous avons également besoin d’un processus
d’évaluation national convenable.
Annexe - EN RÉPONSE AUX
QUESTIONS NOS 2 ET 3
En plus de l’apprentissage des
compétences générales requises pour reconnaître,
documenter et prendre en charge les difficultés
scolaires éprouvées par les résidents en médecine de
famille, les superviseurs qui interviennent auprès
des résidents issus de la cohorte des DHCEU doivent
développer les deux compétences qui suivent :
1.
inclure, dans une approche centrée sur chaque
candidat, l’exploration des dimensions suivantes
dans la démarche pour préciser des objectifs
d’apprentissages personnalisés :
a. caractéristique
de la formation médicale antérieure (incluant les
différences majeures par rapport à la formation
nord-américaine)
b. pratique médicale du candidat en
insistant sur les caractéristiques de la démarche
clinique propre à cette pratique (incluant une
notion des problèmes courants par rapport à ceux
rencontrés dans nos milieux)
c. particularités du
rôle du médecin par rapport au rôle du patient et
caractéristiques de la relation patient-médecin dans
leur expérience antérieure (en formation et en
pratique)
N.B. À ce propos, un inventaire des
caractéristiques générales de formation et de
pratique en regard d’un certain nombre de pays
d’origine des candidats DHCEU serait utile.
2.
Effectuer la démarche de raisonnement pédagogique
face aux indices de difficulté en tenant compte des
problématiques pédagogiques rencontrées le plus
souvent* par les candidats de cette cohorte.
*Le
tout devrait être documenté à partir de l’expérience
des dernières années des équipes de superviseurs qui
ont travaillé avec ces candidats, en partant du
schéma suivant et en sachant que les difficultés
sont souvent mixtes : difficultés inhérentes au
candidat lui-même et difficultés inhérentes à la
relation superviseur-supervisé et défis conséquents
dans l’adoption d’une position d’apprentissage
appropriée.
ANNEXE A-3
Des discussions
préliminaires ont été tenues avec les personnes
nommées ci-dessous, qui sont très familiarisées avec
les questions se rapportant aux DHCEU :
- Dr. Heather
Armson, University of Calgary
- Dr. Joanna Bates,
University of British Columbia
- Dr. Miriam Boillat, Université McGill
- Dr. Rod Crutcher, University of
Calgary
Des appels
téléphoniques de suivi, ayant donné lieu à des
échanges de courriel, ont été faits auprès des
personnes suivantes à qui l’on reconnaît une
expertise en la matière et dans des domaines
connexes :
- Dr. Gisele
Bourgeois-Law, University of Manitoba
- Dr. Catherine
Cervin, Dalhousie University
- Dr. Alison Dugan,
Université d'Ottawa
- Dr. Blye Frank, Dalhousie
University
- Dr. Rosalyn Howard, University of Manitoba
- Dr. Meridith Marks, Université d'Ottawa
- Dr. Susan
Strasser, Northern Medical Program
- Dr. Rosamund
Woodhouse, Queens University
Ces personnes nous
ont toutes généreusement accordé de leur temps et
fait profiter de leur expertise. Nous leur sommes
très reconnaissants d’avoir partagé avec nous des
renseignements, des ressources et des documents.
Comme nous le soulignons dans le présent rapport,
nous avons de nombreux « secrets bien gardés » en ce
qui concerne la formation et le perfectionnement
dans ce domaine au Canada et nous avons bon espoir
que la diffusion du présent rapport contribuera à
faire reconnaître et à rassembler cette expertise et
cette sagesse collectives.
ANNEXE A-4
-
Le contenu et
le processus d’un programme de formation
professorale destiné à ceux qui enseignent aux
DHCEU ne diffèrent pas fondamentalement des
programmes qui s’adressent à ceux qui enseignent
aux stagiaires aux études postdoctorales.
Cependant, certains thèmes reviendront peut-être
plus souvent, ou seront plus prononcés,
lorsqu’on travaille auprès des DHCEU.
-
La formation
professorale se dit de différentes démarches
visant à aider les professeurs à assumer leurs
rôles multiples. Cela englobe la formation
professorale, l’orientation professorale et le
soutien professoral.
-
Les principes
de formation professorale efficace doivent être
appliqués dans ce contexte comme dans tous les
autres contextes. C’est-à-dire que les
programmes de formation professorale doivent
intégrer les principes de conception pédagogique
et d’utilité pédagogique et qu’il faut évaluer
l’aboutissement de toutes les initiatives de
formation professorale.
-
Il faut éviter
d’avoir recours à une « approche basée sur les
lacunes » pour tenter de comprendre les
différences entre les apprenants.
-
Tous les
éducateurs doivent prendre acte du fait que
chaque DHCEU est unique.
-
Tous les
éducateurs doivent reconnaître – et prendre acte
du fait – que chaque enseignant/superviseur est
une personne unique, différente de ses
collègues.
-
Les occasions
de formation des DHCEU doivent être bénéfiques à
tous les stagiaires.
ANNEXE A-5
-
Créer un
programme d’orientation destiné à ceux qui
enseignent aux DHCEU.
-
Incorporer au
moins six éléments de contenu clés dans un
programme de formation professorale destiné à
ceux qui enseignent aux DHCEU, dont les mesures
suivantes :
- Évaluer les besoins de l’apprenant
et établir des attentes et des objectifs
mutuels
- Évaluer les connaissances et les
habiletés cliniques
- Donner une rétroaction efficace
- Promouvoir les soins centrés sur le
patient
- Enseigner les aptitudes à la
communication
- Développer une relation
enseignant-apprenant basée sur la
collaboration et concevoir des
programmes d’apprentissage sur mesure
-
Inclure des
programmes de formation axée sur la diversité
culturelle dans un programme de formation
professorale destiné aux enseignants et aux
superviseurs des DHCEU.
-
Élaborer des
programmes de formation professorale propres au
milieu et adaptés au contexte particulier des
enseignants et des apprenants, et qui font appel
à diverses méthodes d’enseignement et
d’apprentissage.
-
Intégrer le
soutien professoral et les ressources pour la
formation des DHCEU.
-
Concevoir un
programme national de formation professorale et
en assurer la diffusion à vaste échelle.
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